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L'âme et la vie C. G. JUNG

LE RÊVE

Le rêve est une porte étroite, dissimulée dans ce que l'âme a de plus obscur et de plus intime ; elle ouvre sur cette nuit originelle cosmique qui préformait l'âme bien avant l'existence de la conscience du moi et qui la per- pétuera bien au-delà de ce qu'une conscience individuelle aura jamais atteint. Car toute conscience du moi est éparse ; elle distingue des faits isolés en procédant par séparation, extraction et différenciation ; seul est perçu ce qui peut entrer en rapport avec le moi. .. Toute conscience spécifie. Par le rêve, en revanche, nous pénétrons dans l'être humain plus profond, plus vrai, plus général, plus durable, qui plonge encore dans le clair-obscur de la nuit originelle où il était un tout et où le Tout était en lui, au sein de la nature indifférenciée et impersonnalisée. C'est de ces profondeurs, où l'universel s'unifie, que jaillit le rêve revêtirait-il même les apparences les plus puériles, les plus grotesques, les plus immorales.
. Quand ils nous paraissent insensés, c'est nous qui sommes insensés, privés, selon toute apparence, de cette finesse d'esprit nécessaire pour déchiffrer les messages énigmatiques de notre être nocturne. . La moitié au moins de notre vie psychique a notre être nocturne pour théâtre ; et de même que Ia conscience étend ses ramifications jusque dans nos nuits, l'inconsient aussi émerge dans notre vie diurne. Personne ne doute de l'importance de la vie consciente et de ses expériences ; pourquoi douter alors de la signification des déroulements inconscients ? Ils sont aussi notre vie ; en eux, elle palpite autant, si ce n'est pafois plus. ; ils sont parfois plus dangereux, parfois plus salutaires.. P.77

Comme cbaque maille du réseau psycbique, le rêve se présente comme une résultante de la psycbé totale. C'est pourquoi nous devons êue préparés à rencontrer dans les rêves les multiples facteurs qui, depuis les temps les plus reculés, ont joué un rôle dans la vie de l'humanité. La vie humaine, en son essence, ne se laisse ni ramener, ni réduire à telle ou telle tendance fondamentale ; bien au contraire, elle se construit à partir d'une multitude d'instincts, de besoins, de nécessités, de conditionnements tant physiques que psychjques ; le rêve, qui en est l'expression, échappera à tout monisme. .

Le rêve s'occupe souvent de détails en apparence oiseux, et il nous apparaît. de ce fait, ridicule. Ou bien il est par son extérieur tellement incompréhensible qu'il excite tout au plus notre étonnement. .Il nous faut toujours triompher d'une certaine répugnance intellectuelle . Mais lorsque nous avons enfin pénétré le sens réel d'un rêve, nous nous apercevons en contrepartie, que nous nous trouvons au cour même du rêveur et de ses secrets.

Les rêves sont des produits de l'âme inconsciente ; ils sont spontanés, sans parti pris, soustraits à l'arbitraire de la conscience. Ils sont pure nature et, par suite, d'une vérité naturelle et sans fard ; c'est pourquoi ils jouissent d'un privilège sans égal pour nous restituer une attitude conforme à la nature fondamentale de l'homme, si notre conscience s'est éloignée de ses assises et. Embourbée dans quelque ornière ou quelque impossibilité.

Les hommes et les choses qui existent pénètrent dans le champ de notre vision ; de même les images du rêve pénètrent dans le champ de conscience du moi onirique comme une réalité d'autre sorte. Nous n'avons pas le sentiment que nous faisons les rêves, mais qu'ils viennent à nous. Ils ne se soumettent pas à notre bon plaisir, mais obéissent à leurs propres lois. Ils représentent manifestement des complexes psychiques autonomes qui se forment d'eux-mêmes. Nous n'avons pas conscience de la source d'où ils proviennent. Aussi disons-nous qu'ils tirent leur origine de l'inconscient. Il nous faut donc admettre l'existence de compIexes psychiques indépendants, échappant au comrôle de notre conscience, apparaissant et disparaissant selon leurs propres lois. P.80

Les extériorisntions spéciéques de l'inconscient qui surgissent dans le conscient, ce sont les rêves. L'âme a un aspect diurne, la conscience ; elle a aussi un aspect nocturne.

Le rêve est une création psychique qui, contrastant avec les données habituelles de la conscience, se situe de par son aspect, sa nature et son sens, en marge du déveIoppement continu des faits conscients. .Il serait plutôt un incident vécu, quasiment extérieur et survenant, semble-t-il, par hasard. ..Le rêve n'est pas le fruit, comme d'autres données de la conscience, de la continuité clairement logique ou purement émotionnelle des événements de la vie ; il n'est que le résidu d'une curieuse activité psychique s'exerçant durant le sommeil. ..

La conscience n'est pas continuité uniquement de désirs et de craintes, mais d'une infinité d'autres choses encore; de même .. l'âme de nos rêves recèle une richesse de possibilités vitales, comparable ou même supérieure à ceIle de la conscience qui, par nature, est synonyme de concentration, de limitation ou d'exclusivisme.

Les rêves contiennent les images et les associations d'idées que nous ne créons pas consciemment. Ils naissent avec spontanéité, sans que nous ayons à intervenir, et ainsi, représentent une activité psychique qui se dérobe à toute volonté arbitraire. Le rêve est un produit naturel très objectif de la psyché. Il est permis d'attendre de lui des indications concernant certaines tendances fondamentales du processus psychique. Ce processus étant, comme tout processus vivant, non seulement une suite causaIe, mais aussi un processus orienté vers un but, on peut demander au rêve -qui est une auto-description du processus de la vie psychique - des indications sur les causes objectives de la vie psychique .P.81
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Le rêve rectiée la situation. Il y ajoute ce qui en fait encore partie et il améliore ainsi l'attitude générale du rêveur.

Le réve décrit la situation intime du réveur, situation dont le conscient ne veut rien savoir, ou dont il n' accepte la vérité et la réalité qu'à contre-coeur.

L'inconscient, c'est ce que, d'un moment à l'autre, nous ignorons ;. C'est pourquoi il n'est pas surprenant que Ie rêve ajoute, à la situation psychique consciente du moment, tous les aspects qui seraient essentiels à une atti- tude radicalement différente. Il est clair que cette fonction lXXXu 80Dge COD8titue Ude régulatiOD P8Ychique, UD céDUe- oid8 ab801umem indispensable à toute activité ordonnée. Olution, BOU8 touteB BeB face8 et avec touteB leB conBé. Olution, BOUB toUt88 88B fac8B 8t av8C toUt8B 188 cOnB~- ence8 qu'il comporte ; ce proce88U8 memal, en quelque Borte, W perpétue automatiquement durant l'état plU8 ou oiDB iDCOnsCiem du 80mmeil ; d'après notre expérience tctueU~ il Bemble que'tOUB leB points de vue méconnuB ou OU8'e8timé8 à l'état de veille, c'eBt.à.dire qui étaient rela- tivement inconBcieDt8, 8'y présemem à l'e8prit du rêveur, e 8erait.ce que par allU8ioD.

E rêve, extériori8ation d'un proce88U8 p8ychique incons- ient, involontair4 80u8trait à l'influence consciente, repré. Lente la vérité, la réalité intérieure telle qu'elle est ; non s telle que je la suppose ou que je la désire, mais bleD elle qa'elle Mt.

Plus l'attitude consciente est d'un extrémigme exclugif, loignant ainsi de8 possibilités vitale8 optima, et plus il caut compter avec l'apparition possible de rêves vivaces . cieusement compensateur, comme expression de l'autoré. ulation psychologique de l'individu.

:erteg, le rêve, ce rejeton de la nature, ignore leg inten- ionB mora]i8atrices ; mai8 il exprime ici la vieille ]oi bien connue selon laquelle les arbres ne poussent pas dans le iel mai9 cachent dam le Bol leur8 puisBantes racineB.

L'âme, pareille à un système auto-régulateur, est en équilibre, comme est en équilibre la vie corporelle. A tout excès répondent, aussitôt et par nécessité, des compensations sans lesquelles il n'y aurait ni métabolisme normal, ni psyché normale. Dans ce sens, on peut proclamer que la théorie des compensations est une règle fondamentale du comportement psychique. Une insuffisance en un point crée des excès en un autre. P.83


LA CONSCIENCE ET L'INCONSCIENT

Notre conscience . jaillit de profondeurs inconnues. Elle est comme un enfant qui naît chaque jour du monde originel maternel de l'inconscient.

Le monde apparaît quand l'homme le découvre. Il le découvre quand il sacrifie la « mère », c'est-à-dire, lorsqu'il est libéré des brouillards de l'état inconscient par lequel il ne fait encore qu'un avec la mère.

.. La façon dont on entre originellement en contact avec les choses ne provient qu'en partie du comportement objectif de l'objet, mais souvent et surtout des états de fait intrapsychiques qui n'ont affaire avec les objets que par le moyen de la projection.. Il ne fait l'expérience du monde que dans une pénombre, comme phénomène général à l'intérieur du courant de fantaisie dont il est rempIi et où subjectif et objectif ne sont pas distincts, mais 8'entrepénètrent réciproquement.

L'homme primitif ne peut pas prétendre qu'il pense : « la pemée se fait en lui ». La spontanéité de sa pensée ne découle pas de façon causale de sa conscience, mais de son inconscient. Il n'est pas capable, non plus, d'un effort de volonté ; il doit préalablement se placer, ou se faire placer, dans une « disposition à vouloir » ; de là ses « rites d'entrée et de sortie ». Sa conscience est menacée par un inconscient prédominant, d'où sa craime des infiuences magiques qui peuvent à tout moment contrecarrer ses intentions. . P.43
. La manifestation automatique de l'inconscient, avec ses archétypes, empiète continuellement sur la conscience ; le monde mythique.. constitue une réalité équivalente à la nature matérielle, si toutefois elle ne lui est pas supérieure. . L'archétype n'émane pas de réalités physiques, il décrit plutôt la façon dont l'âme ressent la réalité physique ; en ceci, l'âme procède souvent de façon tellement arbitraire, qu'il lui arrive de nier la réalité tangible et d'émettre des prétentiom qui sont des défis à la vérité.

. l'ément principal de la vie psychique résidait apparemment à l'extérieur. il était projeté. Or dans un état de projection plus ou moins complète, il n'y a guère de place pour le conscient. C'est par le retrait des projections que la connaissance consciente s'est lentement développée. Chose curieuse, la science débuta par la découverte des lois astronomiques, donc par le retrait de la projection en quelque sorte la plus lointaine. .. Notre science moderne a affiné les projections jusqu'à un degré presque imperceptible, mais notre vie quotidienne pullule encore de projections. . Toutes les lacunes, les trous de la connaissance réelle sont encore toujours remplis de projections. Nous sommes encore et toujours presque certains de savoir ce que pensent les autres et ce qu'est leur véritable caractère.

. Le profane, il est vrai, peut difficilement discerner combien il est influencé dans tous ses penchants, ses humeurs, ses décisions par les données obscures de son âme, puissances dangereuses ou salutaires qui forgent son destin. Notre conscience intellectuel1est comme un acteur qui aurait oublié qu'il joue un rôle.

Depuis que les étoiles sont tombées du ciel et que nos plus nobIes symboles ont pâIi, une vie secrète règne dans l'inconcient. ..P.45


HOMME ET FEMME

Là où l'amour règne, il n'y a pas de volomé de puissance et là où domine la puissance, manque l'amour. L'un est 1'ombre de l'autre. . P.135

I1 est difficile de croire que ce monde si riche puisse être pauvre au point de ne pouvoir offrir un objet à l'amour d'un être humain. Il offre à chacun un espace infini. C'est bien plutôt l'incapacité d'aimer, qui enlève à l'homme ses possibilités. Notre monde n'est vide que pour qui ne sait pas diriger sa libido sur les choses et les hommes et se les rendre vivants et beaux. La beauté ne réside pas dans les choses mais dans le sentiment qne nous conférons aux choses. .Certes, les difficultés des conditions d'existence, les contrariétés de la lutte pour la vie nous accableront, mais, d'autre part, des situations extérieurement pénibles ne contrarieront pas I'amour ; au contraire, eIIes peuvent nous éperonner pour de plus grands efforts, nous amenant à inscrire toute notre libido dans la réalité.

. La sentimentalité est une superstructure de la brutalité. L'insensibilité est la position contraire ; elle souffre inévitablement des mêmes manques. Par malheur, c'est presque un idéal collectif que de rester aussi négligent et inconscient que possible dans les situations concernant l'amour. Derrière le masque de respectabilité et d'attachement, la puissance négligée de l'amour empoisonne les enfants.. Le plus souvent on ne connaît que les moyens négatifs : négligence, ajournement, refoulement et répression.

Plus est lointaine et irréelle la mère personnelle, plus la nostalgie du fils va chercher loin dans les profondeurs de l'âme et y réveille cette image originelle et éternelle de la mère, à cause de laquelle tout ce qui embrasse, qui entoure, qui nourrit et qui aide prend la figure de la mère, de l'alma mater de l'université jusqu'à la person- nification des villes, des pays, des sciences et des idéaux.

On ne résout pas un complexe maternel en réduisant unilatéralement la mère à sa mesure humaine .. Ce faisant on court le risque de dissocier en atomes l'expérience vécue « mère » et de détruire ainsi une valeur suprême, jetant la clef d'or qu'une fée bienfaisante avait placée dans notre berceau. Aussi l'homme a-t.il instinctivement, de tout temps, uni au couple parental le couple divin préexistant en tant que « godfather » et « godmother » du nouveau-né, afin que celui-ci ne s'oublie jamais, par suite d'un coupable rationalisme, à charger les parents de divinité. P. 137

L'exaltation exagérée de l'instinct maternel, est cette image de la mère qui, .. a été chantée et glorifiée ; cet amour maternel fait partie des souvenirs les plus touchants et les plus inoubliables de l'âge adulte, racine mystérieuse de tout avenir et de toute métamorphose, retour chez soi et descente en soi-même, fond originel silencieux de tout commencement et de toute fin. Intimement connue et étrangère comme la nature, d'une tendresse pleine d'amour et d'une fatale cruauté - dispensatrice de vie, joyeuse et jamais lasse, mère de douleur, porte muette qui se referme sans réponse derrière la mort. Mère, c'est l'amour maternel, c'est ce que moi je vis, c'est mon secret. . porteuse fortuite de cette vie qui renferme en elle et moi et toute l'humanité, même toute créature vivante qui devient et disparaît, aventure de la vie dont nous sommes les enfants ? . Pourtant, ceIui qui sait ne peut plus accabler de cet énorme et important fardeau de responsabilités et de devoirs, de ciel et d'enfer, cet être humain faible et faillible, digne d'amour et d'indulgence, de compréhension et de pardon que fut pour nous notre mère. Il sait que de toujours, ce fut elle qui porta l'image innée de la mater natura et de la mater spiritualis. De tout ce qui englobe la vie à qui, enfants abandonnés, nous avons été confiés ; mais aussi livrés à merci.

. c'est un fait que l'amour ( dans le sens étendu qui lui revient de nature.) constitue avec ses problèmes et ses conflits un facteur d'une importance fondamentale pour la vie humaine .

Le problème de l'amour constitue une des grandes souffrances de l'humanité et personne ne doit avoir honte de lui payer son tribut. P. 139

*** Alors que nous sommes tous d'accord pour dire que, de toute évidence, le meurtre, le vol et autres brutalités affectives de tous genres sont inadmissibles, il n'en existe pas moins ce qu'on appelle une question sexuelle. 0n ne demande pas de mesures sociales contre ceux qui épanchent leur mauvaise humeur sur leurs semblables. Et pourtant ce sont là aussi des instinctivités ; mais leur répression nous semble aller de soi. C'et uniquement pour Ia sexualité que l'on pose une question. C'est l'indice d'un doute.

Il est sans aucun doute exact que I'instinctivité dans le domaine sexuel entre, le plus souvent de la façon la plus pressante en collision avec les conceptions morales. Le choc de l'instinctivité infantile avec l'éthos est absolument invivable. Il est même, ce me semble, la condition sine qua non de l'énergie psychique.

. la grande vertu est toujours compensée intérieurement par une forte inclination à l'infamie. Combien de dépravés conservent un fond de puritanisme douçeâtre aussi insipide qu'intolérant.

. ramener la libido, pour ainsi dire, a des stades primitifs et presque surmontés.. Certains évidemment se laisseraiem emporter à leur propre détriment, par le déchaînement antique de la sexualité, libérée du fardeau du péché ; mais ceux-là seuls qui, en d'autres circonstances, auraient sombré autrement. D'ailleurs, le plus efficace régulateur de la sexualité humaine, le plus inexorable, c'est .. la nécessité.

C'est une erreur qu'aiment à commettre les névrosés de penser que la véritable adaptation au monde consiste à vivre à fond sa sexualité. P.141

La sexualité, étant exagérément méprisée, maltraitée et refoulée . cherche forcément une issue ailleurs, tache de se frayer un chemin à travers des domaines étrangers, quitte à faire des détours. si bien qu'on peut s'attendre à la rencontrer un peu partout, sous un accoutrement qui la rend méconnaissable. Ainsi l'expression directe et spontanée de la sexualité est un phénomène naturel, qui, comme tel, n'a rien de laid ni de repoussant, tandis que son refoulement « moral » la rend d'une part sale et hypocrite, d'autre part insolente et importune. .

. Nous n'en sommes pas encore arrivés à distinguer dans le libre comportement sexuel ce qui est moral et ce qui est immoral.

Le conflit entre ethos et sexualité n'est pas aujourd'bui une simple collision entre instinctivité et morale ; c'est une lutte pour le droit à l'existence d'un instinct ou pour la reconnaissance d'une force qui s'exprime en lui, force.. qui.. refuse de se soumettre aux bonnes intentions de nos lois morales. La sexualité n'est pas seulement instinctivité ; elle est aussi, indubitablement, puissance créatrice, non seulement cause essentielle de notre vie individuelle, mais encore facteur qu'il faut prendre très au sérieux dans notre le psychique. ..

L'Erôs est au fond une toute puissance qui, comme la nature, se laisse utiliser et maîtriser, comme s'il était impuissant. Mais le triomphe sur la nature se fait chèrement payer. La nature n'a que faire d'explications de principe ; elle réclame tolérance et sage mesure. Comme la sage Diotima le disait à Socrate, « l'Erôs est un grand démon ». On n'en a jamais tout à fait fini avec lui, ou, si on en a tout à fait fini, c'est à ses propres dépens. Il ne constitue pas toute la nature en nous, mais au moins un de ses aspects principaux. P.143

Le conflit entre « amour et devoir » doit être résolu au niveau caractérologique où amour et devoir ne sont plus des opposés, ce qu'en réalité, ils ne sont pas. De même le conflit bien connu entre instinct et « morale conventionelle » doit être résolu de telle façon que les deux facteurs soient suffisamment pris en considération, ce qui n'est guère possible qu'au moyen d'un changement de caractère. Les solutions purement extérieures sont, dans ces cas-là, plus mauvaises que l'absence de solution.

La vie érotique enclôt des problèmes qu'elle comportera jusqu'à la fin des temps. Son problématisme procède, d'une part, du fait que l'homme possède à titre originel une nature animale qui persistera tant que l'homme aura un corps animal, et d'autre part du fait qu'elle est apparentée aux formes les plus hautes de l'esprit. Par suite, la vie érotique ne s'épanouit que lorsque l'esprit et l'instinct se trouvent en une même concordance. Que l'un ou l'autre aspect présente une carence, et déjà se fait jour un dommage ou au moins une unilatéralité déformante qui mène facilement vers le maladif. Trop d'animalité défigure l'homme civilisé, trop de culture crée des animaux malades.

La sexualité normale, expérience que les conjoints partagent, et qui semble avoir chez eux la même orientation, renforce le sentiment d'unité et d'identité. On appelle cet état harmonie totale ;.. « un coeur et une âme », .. car le retour à cet état d'inconscience et d'unité instinctive d'autrefois est comme on retour à l'enfance. est comme un retour dans le sein maternel, dans les eaux mystérieuses, pleine d'une abondance créatrice encore inconsciente. En vérité, il est impossible de le nier, c'est faire vivre en soi la divinité dont la toute-puissance efface et engloutit tout ce qui est individuel. C'est une véritable communion avec la vie et la destinée impersonnelle. La volonté opiniâtre de conservation personnelle est brisée : la femme devient mère, l'homme devient père et tous deux perdent de ce fait leur liberté pour devenir les instruments de la vie en marche.

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La conscience n'est jamais que la conscience du moi, du moins à notre avis. Pour être conscient de moi-même, il faut que je puisse me distinguer des autres ; sans cette distinction aucune relation ne peut avoir lieu.

Quoique l'homme et la femme s'unissent, ils n'en représentent pas moins des contrastes inconciliables qui, lors- qu'ils sont activés, dégénèrent en une inimitié mortelle. Ainsi ce contraste originel décrit symboliquement toutes les autres paires de contrastes possibles et imaginables : chaud et froid, clair et obscur, nord et sud, sécheresse et humidité, le bien et le mal, etc.. P. 145
La rencontre de deux personnalités est comme la réunion de deux corps chimiques différents : si une combinaison a lieu, les deux corps s'en trouvent modifiés.

Le sexe opposé a un charme mystérieux, teinté de crainte, peut-être même d'un peu de dégoût ; c'est ce qui fait précisément l'attirance et la fascination étranges de ce charme, même quand il se présente à nous, non de l'extérieur sous les traits d'une femme, mais de l'intérieur comme action de l'âme, sous forme de tentation à s'abandonner à une humeur ou à une émotion.