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Métamorphose de l'âme et ses symboles

Préface -Le Lay:

Le premier ouvrage intitulé "Métamorphoses et symboles de la libido" paru en 1912."Métamorphose de l'âme et ses symboles" est un remaniement important de la première version et eut lieu vers 1950.

L'idée fondamentale sur laquelle repose toute l'œuvre est celle d'inconscient. Non pas des forces inertes et passives, mais des forces vives et agissantes qui nous font ce que nous sommes, sans que nous puissions connaître directement et clairement leur existence. Elles plongent dans l'obscurité de notre être. Elles touchent son fond biologique... Une chose est certaine: elles sont là, ces forces obscures, teintant à tout moment notre comportement, nos réactions, nos idées, parfois accaparant notre être et l'aliénant au monde normal.

Le conscient ne serait qu'une émergence de ces forces, une clarté partielle dont nous prenons conscience, point lumineux au-dessus d'un océan dont on ne perçoit ni la profondeur ni l'étendue, quoique nous sachions qu'elles existent.

Rappelons que dans la conception freudienne, l'inconscient semble être surtout une puissance malfaisante en nous, née du refoulement des tendances insatisfaites qui continuent à mener malgré nous une activité perturbatrice ; ces manifestations sont surtout morbides et troublent le plus souvent +/- profondément le cours normal de la vie.

Pour Jung, sans méconnaître ce qu'il peut y avoir de morbide, il considère l'inconscient présent chez tout être humain ; et il peut être malfaisant aussi bien que bienfaisant. Toute vie psychique se compose nécessairement d'un conscient et d'un inconscient se compensant l'un l'autre. Cet ensemble constitue la totalité psychique dont nul élément ne peut disparaître sans dommage pour l'individu : la perte de la conscience est aliénation, la perte de l'inconscient est appauvrissement et désordre.

 Chacun de nous possède un inconscient individuel et "au-dessous" de cet inconscient individuel se trouvent des couches profondes et plus difficilement accessibles : ce sont les couches de l'inconscient archaïque. Sa particularité est qu'il n'est pas la propriété du seul individu ; ses traits sont ceux de l'espèce et se retrouvent chez tous les représentants de la race humaine.

Appelé archaïque, à cause du caractère primitif de ces manifestations, il est aussi appelé collectif pour bien marquer qu'il n'est pas la propriété d'un individu mais celle d'une collectivité.

Tel le corps, la psyché, en dépit de tout ce qui peut l'individualiser, de faire chacune quelque chose d'unique et de jamais vu, conserve des traits d'appartenance à l'espèce, par lesquelles elle rapproche jusqu'à les confondre les représentants de cette même espèce.

La différenciation tient uniquement au moyen d'expression. Les réactions aux éternels problèmes humains, une fois dépouillé des nuances personnelles par lesquelles elles s'expriment, se révèlent étonnamment semblables. Le langage diffère; l'objet reste le même.

La pensée de l'homme d'aujourd'hui répète et continue celle de jadis... la raison est une méthode de réflexion et non une transformation de la nature; elle découvre l'enchaînement des phénomènes: elle ne le fait.

Nous portons inscrites en nous les traces héritées des réactions ancestrales. Si nous créons ou croyons créer au cours des âge de nouveaux modes de penser, cela ne veut pas dire que les anciens modes disparaissent; nous les submergeons seulement..

De la pensée purement émotive, l'humanité est passée à la pensée rationnelle ... Les formes primitives n'ont pas disparu pour cela et nous ne sommes pas uniquement des êtres de raison. Ces formes anciennes sont maintenues parce qu'inscrites dans notre nature. Elles vivent en nous, se manifestent souvent à notre insu parce que nous ne sommes habitués à connaître de nous-mêmes que la conscience.

Sous-jacentes à toute psyché qu'elles sous-tendent à l'insu de l'individu qui en est porteur, elles apparaissent au cours du traitement d'une individualité. Tôt ou tard et d'une manière quelconque elles prendront place dans la vie comme elles l'ont fait au cours du développement historique de l'humanité.

On a souvent prétendu que tout homme qui réfléchit sur le monde, sur l'humanité et sur lui-même fait de la philosophie. Jung écrit dans "Guérison psychologique"... "que nous sommes au fond, ou devrions être des philosophes..."; ainsi que" La dominante suprême de la psyché est toujours de nature philosophico-religieuse." page 306

 Le danger pour miss Miller vient de ce que la plupart du temps elle aborde les problèmes de l'existence et n'a pas conscience de leur présence.

-Le problème sexuel :

Tout ce qui vie est sexualité, c'est-à-dire tendant à la reproduction, à la conservation de l'espèce. À cette tendance, la plante et l'animal obéissent... Ils subissent la poussée implacable de cette loi de la nature. Il n'y a pas pour eux de problèmes sexuels.

Le problème apparaît avec l'homme, parce qu'il réfléchit, pèse et juge, et que sa nature n'est pas seulement de subir la loi biologique, mais de l'accepter ou de la refuser, donc de la juger et de la dominer.

La mise au point entre la poussée instinctuelle et la volonté n'est pas toujours facile...

La sexualité est et il ne sert à rien de vouloir la supprimer. Au cours de l'analyse, on doit donc la rencontrer parce qu'il est impossible qu'un être humain puisse échapper à cet instinct puissant et autoritaire.

Il n'y en nous rien qui soit inacceptable, sinon le jugement maladroit et mal informé que nous portons sur notre nature.

- Le problème religieux :

Il forme le ciment de la vie sociale parce qu'il retentit en chacun de ses membres et qu'il se réalise en des manifestations de caractère social. Qu'est-ce qu'une religion et comment se présente-t-elle à qui l'observe de l'extérieur ?

Nous avons les gestes cultuels et rituels; les dogmes; les éléments psychologiques individuels conscients et en partie inconscients et enfin elle renferme un contenu transcendant..

-L'expression en symboles et en images:

C'est utiliser la forme de pensée la plus spontanée et la plus primitive. Cette forme spontanée, c'est l'image inaccessible à autrui, incommunicable, rébut mystérieux fait d'analogie reposant sur des fondements individuels. Formes élémentaires de la pensée, qui naissent d'elles-mêmes en nous et que nous retrouvons dans la rêverie à laquelle nous nous abandonnons, et dans le rêve, ne sauraient être considérées comme un produit de notre volonté.p.18

-Attitudes recommandées au psychothérapeute : 

Il n'est pas question de mettre la psychologie analytique au service d'une quelconque confession ni de l'utiliser pour inculquer une foi. Le consultant reste le maître de sa destinée et c'est lui qui guide le médecin qui de son coté doit être dépourvu de tout sectarisme.

Le travail de l'analyste doit rester absolument sans rapport avec toute question de confession ou d'appartenance à une église. La liberté est respectée au maximum; il s'agit de remettre l'individu dans le milieu spirituel qui est le sien et de l'aider à se comprendre entièrement.

Jung ne traite jamais charme du problème de l'existence ou de la non existence de Dieu. Il se propose de sonder le phénomène psychologique religieux, la fonction religieuse, telle qu'il apparaît en chacun de nous, sans autre prétention que de constater ce qui est...

Les manifestations religieuses ont un caractère essentiellement humain. Toutes les religions reposent sur une base psychologique analogue chez tous les humains et à toutes les époques. Toutes reposent sur des

pensés qui exaltent l'individu ou le troublent, des sentiments de dépendance, de petitesse, de dépassement, d'admiration ou de crainte, qu'il vit malgré lui ...

"Anima naturaliter religiosa" (l'âme totalitaire est par nature religieuse) .Telle est l'indéniable réalité psychologique à laquelle s'intéresse Jung..

-Importance dans ce livre de l'analogie:

Tout nouveau perçu à quoi nous nous heurtons est, par nous, immédiatement et en premier lieu saisi dans les analogies qu'il présente avec le connu . Le rapprochement analogique est la forme première de la pensée dont il forme le fond naturel. Il nous aide efficacement dans notre comportement... sans lui il n'y aurait pas de poésie.

Elle présente une infinité de degrés depuis la ressemblance vague, jusqu'à la presqu'identité, ... elle est aussi le lieu où s'exerce l'imagination .. elle est créatrice...

Nos goûts, nos désirs, nos préférences prennent ainsi un sens plus précis parce qu'ils se dévoilent comme l'expression consciente d'une assimilation analogique inconsciente.

-Déterminisme psychologique:

C'est la liaison causale rigoureuse entre les différentes manifestations psychologiques.

Le but est de "comprendre pour guérir". Or comprendre, c'est rattacher le non-connu au connu ; c'est le tirer de l'isolement où il se trouverait si nul moyen n'apparaissait de le rattacher à quelque chose. Ce rattachement ne consiste pas à une opération mentale quelconque. Nous ne sommes pas dans le domaine de la magie, mais dans celui des faits et ce sont eux qui nous indiquent, si nous savons les observer et les rapprochements possibles. Le fait est compris une fois établi le lien qui le tire de son isolement premier et montre en quoi il est conditionné par d'autres qui l'ont précédé. Pour Jung tout phénomène psychique se présente comme un maillon d'une chaîne illimitée ; il doit de quelque manière se rattacher à quelque chose, il est la résultante d'une activité.

La méthode des associations spontanées prend au sérieux la causalité dans le domaine psychique.

La personnalité n'est pas une mosaïque de faits sans liens ; elle est un tout dont les parties sont étroitement intriquées les unes dans les autres. Et ce tout est en outre intriqué dans l'unité psychique universelle dont les fils conducteurs courent à travers les générations.

Préface de Jung:

Cet ouvrage est comme une borne placée à la bifurcation des deux routes: celle de Freud et celle de Jung. Les cadres conceptuels dans lesquels Freud enferma les phénomènes psychiques me semblaient insupportablement étroit : le causalisme réductif et la négligence de toute orientation vers un but, pourtant si caractéristique de tout ce qui est psychique. (Prygogine parle de la nature et de son projet.) Une de mes intentions principales était de libérer la médecine psychologique du caractère subjectif et personnaliste de la conception alors règnante, au moins assez pour qu'il fut possible de considérer l'inconscient comme une psyché objective et collective.

Qu'est-ce que cela signifie de vivre avec ou sans mythe? 

Le mythe, c'est "Quod semper, quod ubique, quod ab omnibus creditur "(ce qui est cru toujours, partout et par tous.)

Celui qui croit vivre sans mythe est une exception. Bien plus, il est déraciné, sans relation véritable avec le passé, avec la vie des ancêtres qui continue en lui, ni avec la société humaine contemporaine. Il n'habite aucune maison comme les autres, il ne mange ni ne boit ce que mangent et boivent les autres ; il vit ainsi pour lui-même enfermé dans une folie subjective que borne son entendement et qu'il tient pour la vérité récemment découverte. Le jouet de son entendement n'atteint pas ses entrailles. Même si cela trouble sa digestion...

L'âme ne date pas d'aujourd'hui ! Elle compte plusieurs millions d'années. La conscience individuelle, elle, n'est que le support des fleurs et des fruits, selon les saisons ; elle jaillit du vivace rhizome souterrain ... c'est le réseau des racines qui est à l'origine de tout.

Quel est le mythe que tu vis ? Comment en présence de mes malades tenir compte exactement de mon facteur personnel, de mon équation personnelle si indispensable pour la connaissance d'autrui, si je n'en ai pas conscience ? Il me fallait savoir quel mythe inconscient ou préconscient me formait...

Les amplifications sont indispensables à l'établissement du sens des rapports archétypiques.

Etablir une théorie suppose une connaissance préalable; hors nul ne possède une connaissance préalable de l'âme que l'on doit d'abord acquérir péniblement par l'étude du véritable inconscient.

La connaissance des contenus de conscience subjectifs ne nous apprend rien de la psyché et de sa véritable vie souterraine.

La théorie concerne la maladie et ignore tout de l'âme qui est malade.

1 -Introduction:

Si nous parvenons à établir une distinction entre connaissance objective et valorisation sentimentale, nous jetons un pont sur l'abîme séparant notre époque de l'antiquité et nous sommes étonnés de voir qu'Odipe est encore bien vivant.

Cette connaissance nous apprend que les conflits élémentaires des humains conservent une identité indépendante du temps et de l'espace.

 Il existe une vaste analogie entre la structure psychologique des restes de l'antiquité et la structure des matériaux des individus modernes.

L'analyse des problèmes individuels doit tenir compte des matériaux historiques ... P.51

2 -Des deux formes de la pensée:

Un des principes fondamentaux de la psychologie analytique, .. est que les images oniriques doivent être comprises symboliquement ... le bon sens communne trouve rien de si inouï à l'idée que le rêve soit quelque chose de sensé et puisse être interprété .

. Traduite en langage psychologique, la conception antique .. bienplus compréhensible .. : le rêve provient d'une partie de l'âme que nous ignorons et s'occupe de préparer le jour qui vient avec ses événements.

.. la divinité ou le démon parle à l'homme endormi ... Le rêve est une série d'images en apparence contradictoires et absurdes ; mais il renferme un matériel de pensées qui, une fois traduit, se présentent avec un sens clair.

. on ne peut raconter un rêve sans le faire suivre du récit de la moitié de l'histoire d'une vie qui constitue le fond individuel du rêve. . P.53

. la symbolique sexuelle ne signifie nullement que l'intérêt qui l' utilise soit de nature sexuelle. La sexualité, qui est un instinct des plus importants, forme le fond et la cause d'innombrables affects ... Mais on ne peut identifier affects et sexualité parce qu'ils peuvent provenir d'une quelconque situation conflictuelle : par exemple l'instinct de conservation est aussi une source de nombreuses émotions.

Beaucoup d'images oniriques .. présentent soit un aspect sexuel ou .. expriment des conflits érotiques. C'est ce qui apparaît .. dans le motif de la violence. Ainsi le motif du cambrioleur,XXX Il se dégage de ses images une impression, ou un mélange, de volupté et d'angoisse ... Page 55

Le rêve est "pratiquement" interprété si les connaissances qu'il révèle sont nouvelles pour le rêveur et qu'elles apportent la compensation qui comble une lacune de son orientation consciente. Si cette interprétation est courante et connue du rêveur, elle n'est plus qu'une répétition dont on ne comprend pas le but. Les rêves et motifs oniriques de même genre peuvent se répéter en série sans qu'on puisse -quand on les considère de cette manière- découvrir en eux rien d'autres que ce que l'on connaît déjà à satiété. Cette façon de considérer les choses abouti à cette monotonie dont Freud se plaignait.

Dans ces cas on a quelques raisons de soupçonner que le symbolisme (sexuel, pour le rêve Arc de triomphe de Constantin ) est utilisé comme langage du rêve aussi bien que toute autre façon de parler.

Ne fait exception que le cas où un motif, où un rêve entier, se répète pour la raison qu'il n'a jamais été compris comme il convient et qu'il serait cependant important pour l'orientation de la conscience que la compensation qu'il exprime fut reconnue.

Dans notre activité psychique consciente surgit un produit spirituel obéissant à des lois toutes différentes et poursuivant des buts tout autres que ceux de l'activité psychique consciente. page 57

Pensée dirigée

Pensée imaginative

Les fondements inconscients des rêves et des fantaisies ne sont des réminiscences infantiles qu'en apparence. Il s'agit en réalité de formes de pensée primitives, voir archaïques, reposant sur des instincts ... Le mythe repose lui aussi sur des processus de pensée inconsciente ...

Le fondement instinctivo-archaïque de notre esprit est constitué d'une donnée objective antérieurement présente, indépendante de l'expérience individuelle et de l'arbitraire personnel subjectif, tout comme le sont aussi la structure héritée et la disposition fonctionnelle d'un organe quelconque. Une grande partie des contenus de la pensée imaginative appartient au domaine de la conscience ; mais une quantité aussi importante se déroule dans la pénombre et même absolument dans l'inconscient et on ne peut les découvrir qu'au moyen d'intermédiaires. P.82

La pensée imaginative établit la liaison entre la pensée dirigée et les couches les plus lointaines de l'esprit humain, enfouies au-dessous du seuil de la conscience. Les produits imaginatifs préoccupant directement la conscience sont les fantaisies diurnes ; puis viennent les rêves qui n'offrent d'abord à la conscience qu'une façade énigmatique et ne prennent de signification qu'à partir du moment où des intermédiaires permettent d'en inférer les contenus inconscient. Enfin il y a des systèmes imaginatifs totalement inconscient dans un complexe devenu autonome qui présentent une tendance à constituer une personnalité à part.

Une introversion, vers la fin de la vie, s'empare en régressant de réminiscences infantiles (tirées du passé individuel) auxquelles se rattachent, introversion et régression s'accentuant, des traits de caractère archaïque plus net. page 83

La légende de Juda est un motif typique: celui de la trahison perfide à l'égard du héros. Le touchant et le tragique de ce mythe viennent de ce que ce n'est pas dans un combat loyal que tombe le héros, mais à la suite d'une trahison. C'est aussi un événement fréquent dans l'histoire (cf. César et Brutus).

 C'est ainsi que s'exprime le fait que la jalousie empêche l'homme de dormir en paix.

La règle qu'il faut appliquer à la tradition mythique est que ce ne sont pas les réçits d'événements anciens quelconques mais uniquement ceux qui traduisent une idée générale humaine qui se rajeunit éternellement et continuellement.

La fantaisie de l'abbé Oegger concernant Judas c'est parce qu'il était lui-même le Judas qui trahit son seigneur et c'est pourquoi il lui fallait s'assurer de la miséricorde divine pour pouvoir être tranquillement Judas.

Cet exemple éclaire le mécanisme de l'imagination en général.

Faîte de matériaux mythiques ou autres, la fantaisie consciente ne doit pas être prise au pied de la lettre; il faut savoir lui donner sa signification.

Dans le cas de cet abbé ses espérances ne gravitent qu'en apparence autour du personnage historique de Judas : en réalité ils gravitent autour de sa propre personne qui veut se frayer une voix vers la liberté en résolvant le problème de Judas.

Donc les fantaisies conscientes, au moyen de matériaux mythiques, représentent certaines tendances de la personne qui ne sont pas encore ou ne sont plus reconnues.

Une tendance que l'on refuse de reconnaitre et que l'on traite comme si elle n'existait pas ne peut guère contenir ce qui pourrait convenir à notre caractère conscient. Il s'agit donc le plus souvent de choses qui passent pour immorales ou impossibles et dont la prise de conscience se heurte à une très forte résistance.

Pour la série causale consciente l'abbé réfléchissait au conflit de la damnation incompatible avec la bonté divine. Pour la série inconsciente, se déroulant à côté, c'est parce qu'il voulait devenir lui-même Judas qu'il s'assurait par avance de la bonté de Dieu. Judas est pour lui le symbole de sa propre tendance inconsciente et ce symbole lui était indispensable pour qu'il puisse réfléchir à sa propre conviction. La prise de conscience directe lui aurait sans doute été trop douloureuse.

Il est donc nécessaire qu'il y ait des mythes typiques qui sont des moyens d'élaboration des complexes.

Il s'agit du même processus quand nous étudions les fantasmes, qui cette fois doivent leur existence à une activité exclusivement inconsciente. Page 87

3 -Les antécédents:

Quand un homme raconte ses propres fantaisies ou ses rêves, il parle toujours ce faisant non seulement de problèmes pressants, mais du problème momentanément le plus pénible de son intimité.

Le théâtre est une institution pour l'élaboration publique des complexes. Le plaisir qu'offre la comédie avec son dénouement enchanteur provient de l'identification de nos propres complexes à l'action; le plaisir de la tragédie naît du sentiment, horribles et bienfaisant, de voir arriver à d'autres ce qui nous menacent nous-même. (cf. Miss Miller et Christian dans Cyrano) "Hodie tibi, cras mihi"page 90

L'homme qui ne réussit pas toujours à établir de véritables relations affectives avec autrui se console en imaginant une puissance suggestive touchant à la magie (et s'exerçant sur un être humain).

Miss Miller succomba à des influences suggestives, c'est-à-dire que la libido s'empare de certaines impressions et les renforce ; ce qui ne se serait pas produit si l'insuffisance des relations avec le réel n'avait pas laissé inemployée une certaine masse d'énergie restée disponible. page 93

4 -L'hymne au créateur:

. Quand les hommes laissent parler leur inconscient, celui-ci dévoile toujours leurs secrets les plus intimes. Sous cet angle, l'insignifiant souvent prend de l'importance.

Dans un état d'introversion nous nous écartons intentionnellement de ce qui nous entoure de sorte que les choses perdent leur caractère de réalité tandis que les rêves deviennent réalité. (cf. Miss Miller) page 95

. au fur et à mesure que le réel perd de son efficacité, le monde intime voit grandir sa force déterminante. Ce processus culmine en un point où les malades (en psychopathologie) prennent tout à coups une conscience plus ou moins nette de leur éloignement du réel : il se produit alors une sorte de panique au cours de laquelle ils tentent, par des essais morbides, de se tourner vers leur milieu. Les essais ont pour point de départ leur désir d'établir à nouveau des relations compensatrices. .. règle psychologique valable pour les malades et aussi pour les bien portants, mais à un moindre degré.

On peut donc penser qu'après son introversion prolongée qui va par moments jusqu'à troubler son sens du réel, Miss Miller succombe à nouveau à une impression venue de l'extérieur, à une impression d'aussi forte puissance suggestive que ses rêveries. . Page 96

. après une introversion de cette sorte, une impression exerce sur la sensibilité une action profonde que Miss Miller sous-estime peut-être. . p.97

.. sous-estimation des impressions érotiques relativement faibles. On le voit surtout quand des raisons morales ou sociales semblent rendre impossibles des rapports érotiques entre les intéressés . L'impression est-elle relativement légère ? Elle n'existe pas pour l'intéressé ; est-elle forte ? Alors c'est un assujettissement tragique dont peuvent découler toutes sortes d'absurdités. Le manque de jugement peut aller très loin... Il est un certain genre d'éducation fondé sur la tacite conviction qu'il faut ignorer le plus possible ces arrière-fonds (sexualité) et répandre sur eux l'ombre la plus profonde. . P.99

. Dans le mode d'expression brutale et hyperbolique du rêve, l'impression prend souvent, par suite de la dimension inadaptée du symbôle, une forme presque incompréhensible. Autre particularité qui paraît reposer sur la stratification historique de l'inconscient : une impression que la conscience refuse de reconnaître se saisit d'une forme antérieure de rapport ; delà par exemple, chez les jeunes filles au temps des premiers amours, des difficultés étonnantes dans leur possibilité d'expression que l'on peut ramener à des troubles dus à la réanimation régressive de l'image du père ou imago paternelle. ( .. indépendance vivante dans la hiérarchie psychique, c.à d. l'autonomie .. « Imago » est emprunté au roman .. de Spitteller, puis à l'antique représentation des « imagines et lares ». Dans mes ouvrages ultérieurs, j'emploie à la place d'« imago » le terme « archétype» pour exprimer le fait qu'il s'agit de motifs impersonnels et collectifs.) page 100

.. l'idée d'une divinité créatrice male paraît être dérivée de l'imago paternelle (La supposition que la divinité mâle est un dérivé de l'imago paternelle ne vaut .. que dans le domaine d'une psychologie personnaliste. L'examen plus poussé de l'imago paternelle prouve que dès l'abord y sont contenue quelques composantes collectives ne résultant pas d'expériences individuelles. ..)

qui, entre autres, tant d'abord à remplacer les relations infantiles avec le père pour que soit facilité à l'individu le passage du cercle étroit de la famille à celui plus vaste de la société humaine. Mais cela est encore bien loin d'épuiser le sens de l'image.

Aussi voyons-nous dans le poème .. le produit, à forme religieuse et poétique, d'une introversion en régression vers l'imago du père. Malgré la perception en apparence défectueuse de l'impression efficace, certains de ses éléments essentiels ont été englobés dans la formation de remplacement en quelque sorte comme marque de son origine. L'impression agissante était évidemment l'officier chantant pendant le quart de nuit .. et dont l'image ouvrait à la jeune fille un monde nouveau (« Création »).

Ce « créateur » a créé le son, puis la lumière, puis finalement l'amour. .

Ce créateur a créé le son, puis la lumière puis l'amour...

. Il nous est donc permis d'oser .. l'existence de la chaîne associative suivante : chanteur - étoile qui chante au matin - dieu du son - créateur - dieu de la lumière - du soleil - de l'amour. On retrouve très souvent aussi ces enchainements dans le langage érotique et en outre partout où l'affect a pour effet d'élever le mode d'expression.

Miss Miller s'est efforcée d'expliquer à son entendement cette création inconsciente ; elle l'a fait par un procédé qui concorde en principe avec celui de l'analyse psychologique et conduit par conséquent aux mêmes résultats. Mais, ainsi qu'il arrive aux profanes et aux débutants, elle s'en tient à ce qui lui vient à l'esprit et qui ne traduit qu'indirectement le complexe fondamental. P.103

. les .. allusions à Anaxagore et à Leibnitz concernent la création par la « pensée », à savoir que seule la pensée divine est capable produire une nouvelle réalité matérielle ; allusion d'abord incompréhensible, mais qui bientôt se rapprochera de l'intelligible.

.. idées spontanées d'où Miss Miller fait notamment sortir sa création inconsciente: .. Le Paradis perdu..  le livre Job .

Le Paradis perdu qui .. a des rapports .. avec le commencement du monde, se trouve précisé par le vers : « Of man's first disobedience. » qui, de toute évidence, concerne le péché originel, motif qui, dans le présent enchaînement, doit avoir quelque importance. . P.105

.. on .. prend .. au sérieux la causalité quand il s'agit du domaine psychique ; car il n'a pas de hasard ...

L'idée ou l'état d'esprit exprimé par la réminiscence du "Paradis perdu", est le sentiment d'avoir perdu quelque chose qui a quelques relations avec la tentation du démon. Comme Job, elle souffre, bien qu'innocente, car elle n'a pas du tout succombé à la tentation. La souffrance de Job est incomprise de ses amis. . il ne se lasse pas de proclamer son innocence. . Nous savons que certain névrosés, et surtout des aliénés, défendent continuellement leur innocence contre d'imaginaires attaques ; mais quand on y regarde de plus près, on découvre que, bien que paraissant défendre sans raison son innocence, le malade n'accomplit en fait qu'un acte destiné à lui faire illusion et dont l'énergie provient précisément de ces agitations pulsionnelles dont reproches et calomnies présumés dévoilent justement le contenu.

Job souffre doublement : d'abord de la perte de son bonheur ; puis du manque de compréhension de ses amis .. La souffrance de l'incompris rappelle Cyrano de Bergerac ... P.107

.

L'analogie affective est dans la souffrance causée par une lutte sans espoir contre quelque chose de plus puissant. .

Les rappels du Cyrano .. par identification à Christian, du Paradis perdu de Milton, des souffrances de Job .. trahissent .. que dans l'âme de la poétesse quelque chose s'identifie à ses personnages, quelque chose qui souffre comme Cyrano et Job, qui a perdu le paradis, et rêve et fait des projets de création -création par la pensée- de fécondation par le souffle du pneuma. . P108 . .cf. à 15ans l'article lu par sa mère sur l' « Idée créant spontanément son objet »

Ce sont donc des souvenirs assez lointains de l'âge de l'éveil pubertaire (9 à 16 ans) qui ont reliés les idées du Cosmos naissant du Chaos au « don d'amour ». Le moyen terme qui fait cette liaison, c'est le souvenir du pasteur vénéré qui prononça ces sombres paroles. De la même époque date aussi le souvenir de l'émotion causée par l'idée de la pensée créatrice « qui engendre d'elle-même son objet ». Deux voies de création sont ici indiquées : l'idée créatrice et le mystérieux rapport au « don d'amour ».

Ex. !i eu l'occasion de pé~étrer jusqu'au fond de l'âme d'une Jeune fille de quinze ans. Je fus alors étonné de découvrir quels étaient les contenus de la fantaisie inconsciente et combien ils différaient de ce que montre à l'extérieur une jeune fille de cet âge, et de ce que l'on peut supposer quand on la regarde du dehors. C'étaient des fantaisies qui remontaient très loin, de nature mythique. Dans son imagination dissociée, elle était l'aïeule de générations innombrables. .. il reste des éléments communs à toutes les jeunes filles de cet age ; car l'inconscient est commun aux humains à un degré bien plus élevé que ne le sont les contenus de la conscience individuelle. .. nous sommes là en présence d'un condensé de la moyenne historique commune.

Le problème qui préoccupait Miss Miller à cet age est le problème généralement humain : comment deviendrais-je créateur ? La nature ne connaît ici d'abord qu'une seule réponse : Par l'enfant (don d'amour). Mais comment arrive-t-on à l'enfant ? Ici surgit le problème .. qui se rattache au père dont il P.111 ne devrait pourtant pas s'occuper, parce qu'ainsi on touche à l'inceste interdit. Le grand et naturel amour qui lie l'enfant à son père s'oriente au cours des années où il échappera à sa famille vers des formes supérieures du père, vers l'autorité et les pères de l'église et vers le Dieu paternel dont ils sont, la représentation sensible ; et alors il est encore plus difficile d'y rattacher le problème en question. Pourtant la mythologie n'est guère embarrassée pour fournir des consolations. Le Logos n'est-il pas lui-même devenu chair ? Le pneuma divin et le logos n'ont-ils pas pénétré dans le sein de la vierge ? Le "souffle de vent" d'Anaxagore, c'était bien le Nous divin qui de lui-même se transforment en monde. Pourquoi avons-nous conservé jusqu'à nos jours l'image de la mère immaculée ? Parce qu'elle est toujours consolante et que sans grands discours et sans bruyants sermons elle dit à qui cherche consolation : « Moi aussi je suis devenue mère » - « par l'idée qui créé spontanément son objet ». .

Tout ce qui est psychique à un sens supérieur et un sens inférieur. (cf. Hermès Trismégiste) .

Nous comprendrions mal la particularité spirituelle de notre auteur si nous nous contentions de réduire l'excitation de cette nuit sans sommeil uniquement et simplement au problème sexuel au sens étroit. Ce n'en serait qu'une moitié et seulement la moitié inférieure. L'autre moitié concerne la création idéale au lieu de la création réelle. P.113

Chez une personne .. douée pour le travail de l'esprit, la perspective d'une fécondité spirituelle est digne des plus hautes espérances. Elle est même .. une nécessité vitale. Cet autre aspect de l'imagination explique aussi l'agitation car il s'agit d'une idée annonciatrice d'avenir; d'une de ces idées .. qui proviennent de "l'inconscient supérieur" de cette "puissance prospective" des combinaisons subliminales. ( . Une grande partie du passé est tellement loin de nous que nous ne pouvons plus l'atteindre au moyen des connaissances que nous donne l'histoire ; de même une grande partie des déterminations inconscientes nous est inaccessible. Or l'histoire ignore deux choses : ce qui est caché dans le passé et ce qui est caché dans l'avenir. Peut-être pourrait-on les approcher avec une certaine probabilité, le premier sous forme de postulat, le second sous celle de pronostic politique. Aujourd'hui contenant déjà demain et tous les fils du futur y étant déjà posés, une connaissance approfondie pourrait permettre un pronostic de l'avenir. Transposons ce raisonnement dans le psychique : .. même résultat : en effet, de même que des traces de souvenirs, de toute évidence depuis longtemps devenues subliminales, se trouvent être encore accessibles à l'inconscient, de même le sont aussi certaines combinaisons subliminales très fines dirigées vers l'avenir qui sont de toute première importance pour les événements futurs puisque c'est de notre psychologie qu'ils dépencent. .. une psychologie synthétique affinnée qui saurait suivre les courants naturels de la libido. Nous ne pouvons guère le faire ou ne le pouvons qu'imparfaitement. L'inconscient le peut lui puisque cela se passe en lui et il semble que, de temps en temps, dans certains cas, des fragments importants de ce mouvement se font jour au moins dans les rêves ; de là viendrait le sens prophétique des rêves.. Les rêves sont bien souvent des anticipations de modifications futures de la conscience.)

J'ai .. eu l'occasion .. de remarquer dans certains cas de névroses .. qu'à l'époque où débuta la maladie ou un certain temps auparavant, un rêve avait eu lieu, bien souvent d'une netteté visionnaire, s'incrustant ineffaçablement dans la mémoire et qui, au cours de l'analyse, dévoilait un sens ignoré du malade, anticipant les événements futurs de son existence. (Il semble que les rêves se maintiennent spontanément dans la mémoire temps qu'ils résument excellemment la situation psychologique de l'individu. ) P.115

. « Only this and nothing more ! » ..

On devrait se garder de se rassurer soi-même .. par des phrases comme "Ce ne fut que celà" .Car on court le risque d'être obligé de se donner aussitôt un démenti. . P.117

. c'est précisément à cause de cette sous-estimation que le problème (chanteur nocturne)ne parvient pas à une élaboration directe consciente. De là les « énigmes psychologiques ». (.. ressemblance frappante avec le comporement de Gérard de NERVAL à l'égard d'Aurelia dont il ne voulait admettre l'importante apparition. Il ne pouvait pas reconnaitre à « une femme ordinaire de ce monde » l'éclat que lui prêtait son inconscient. Nous savons aujourd'hui qu'à la base d'une impression si puissante il y a projection d'un archétype, celui de l'anima.)

L'impression continue à travailler dans l'inconscient, produisant des fantaisies symboliques. Ce sont d'abord « les étoiles qui chantent au matin », puis le Paradis perdu, puis la nostalgie revêt l'habit sacerdotal, . la création du monde, .. l'hymne religieux où elle trouve enfin la voie vers la liberté. Or l'hymne garde dans sa singularité des traces de son origine : le chanteur nocturne est devenu créateur après avoir fait un détour par l'imago paternelle ; il est devenu dieu du son, de la lumière et de l' amour . De toute évidence il s'agit ici d'un déplacement de libido sur un objet symbolique devenu une sorte de substitut. En soi il ne s'agit que d'un aspect originel de l'événement mais qui, comme toute autre chose, peut être utilisé pour des buts inappropriés. P.118

 Le détour fait par la libido semble être une voie douloureuse. . de même après le péché originel, les hommes eurent à porter le fardeau de la vie terrestre ou, tel Job qui souffrit à la fois de la puissance de Satan et de Dieu, devinrent sans le savoir le jouet de deux puissances de l'au-delà. . P. 119

. Tandis que chez Job les deux grands courants sont caractérisé bien et mal, le problème analogue de Faust est nettement érotique et le diable y est .. caractérisé par le rôle de séducteur. Cet aspect manque chez Job ; .. il ignore quel conflit se déroule dans son âme. Faust .. reconnaît ouvertement le déchirement de son âme.

Miss Miller se comporte comme Job ; elle ne se reconnaît pas et pense que le bien et le mal viennent de l'au-delà.

.La puissance créatrice qui, du point de vue naturel, caractérise l'amour, subsiste encore comme attribut essentielle de la divinité. Satan détruit sa fécondité (à Job) ; Dieu est la fécondité même .. il chante lui-même l'hymne à sa propre force créatrice .. pense à deux représentants peu sympathiques du monde animal : Béhémoth et Léviathan, tous deux représentants de la force naturelle la plus brutale qu'on puisse imaginer . P.121

. Dieu met sous les yeux de Job sa force et sa puissance originelle : Dieu est comme Béhémoth et Léviathan. La nature qui répand sa bénédiction et sa fécondité ~ l'indomptable sauvagerie et le débordement de la nature ~ et le danger écrasant de la violence déchaînée. Qu'est-ce donc qui a détruit le paradis terrestre de Job ? La violence déchaînée de la nature. . la divinité a simplement montré son autre face que l'on appelle le diable. Ce dieu demeure dans le cour, dans l'inconscient. Là est la source de l'angoisse en présence de l'indicible épouvantable et aussi de la force de résister à cette horreur. Or l'homme est comme une balle, comme une plume que font tourbillonner les souffles du vent inconstant, tantôt victime, et tantôt sacrificateur, il ne peut empêcher ni l'un ni l'autre. . Qu'est ce dieu ? . une puissance de l'au-delà, à laquelle on est livré, qui fait naître comme elle tue, image des nécessités inévitables de la vie.

Psychologiquement parlant, comme l'image de dieu est un complexe représentatif de nature archétypique, nous devons le considérer comme le représentant d'une certaine somme d'énergie (libido) apparaissant sous forme de projection. (. La réalité psychique « Dieu » est un type autonome, un archétype collectif. Aussi le retrouve-t-on non seulement dans toutes les formes supérieures de religion, mais apparaît-il aussi spontanément dans les rêves individuels. En soi l'archétype est une formation psychique inconsciente, douée de réalité cependant, indépendante de l'attitude du conscient. C'est un être psychique qu'il ne faut pas confondre en tant que tel avec le concept d'un dieu métaphysique. L'existence de l'archétype ne prétend ni poser un dieu ni en nier un. ) . les principales religions que nous connaissons tirent leur forme de l'imago paternelle, et les religions plus anciennes aussi de l'imago maternelle : P.123 l'une et l'autre conditionnent les attributs de la divinité. .les traits du père effrayant dont la colère poursuit .. ou au contraire le père affectueux.. l'aspect maternel.. le caractère animal.

L'idée de Dieu n'est pas seulement une image, elle est aussi une force. La force originelle .. l'inconditionné et l'implacable, l'injuste et le surhumain sont des attributs authentiques et vrais de la forme instinctive naturelle du destin qui "nous introduit dans la vie, qui" rend coupable le malheureux" et contre laquelle en dernière instance, toute lutte est vaine. Il ne reste à l'homme d'autre ressource que de s'entendre de quelque manière avec cette volonté.

L'accord avec la libido ne consiste pas uniquement à se laisser mener étant donné que les forces psychiques n'ont pas une direction unique, mais sont souvent orientées en sens contraire les unes contre les autres. Se laisser aller aboutit en très peu de temps à une confusion sans remède. Il est souvent difficile, d'arriver à sentir le courant profond et ainsi la direction exacte ; collisions, conflits et erreurs sont ici inévitables.

. chez Miss Miller l'hymne religieux, né inconsciemment, se substitue aux problèmes érotiques. Il va puiser ses matériaux dans des réminiscences qu'à ranimées l'introversion de la libido. P.125

Si cette création avait échoué elle aurait été livrée à l'impression érotique soit avec ses conséquences ordinaires soit avec une issue négative... les avis sont partagés sur la valeur de cette issue d'ub conflit érotique .

.je veux chercher ce que signifie dans le cas dit de solution non naturelle et inconsciente, le détour que semble faire la libido et l'apparente tromperie de soi-même, autrement dit savoir à quelles fins cela tend. Il n'y a pas de processus psychique qui soit "sans but"... le psychique dans son essence, est orienté vers une fin.

. Or les problèmes psychiques ne sont expliqués de façon satisfaisante qu'à partir du moment où l'on à découvert à quoi ils tendent. Si en secret le prétendu détour ne visait à servir une certaine fin, ou ne tenait de quelque manière à ce qu'on appelle refoulement, il serait impossible qu'un tel processus s'accomplit avec une spontanéité si naturelle et si aisée. . l'orientation de cette métamorphose de la libido est la même que celle de la transformation, de la transposition ou du déplacement culturels des forces instinctives naturelles. . voie souvent parcourue, devenue même habituelle, au point que nous-mêmes ne remarquons plus guère, cette transposition. Entre la métamorphose psychique normale de forces instinctives qui se produit partout et un cas comme celui-ci, il y a, il est vrai, quelque différence ; ... c'est intentionnellement que l'on a omis l'événement critique (le chanteur) ce qui signifie .. qu'un certain "refoulement" a eu lieu. .. on ne devrait employer ce terme qu'en présence d'un acte volontaire qui, comme tel, ne saurait être que conscient. Des personnes nerveuses peuvent, jusqu'à un certain point, se dissimuler à elles-mêmes des décisions volontaires de ce genre de sorte qu'il semble que l'acte de refoulement s'est déroulé dans une totale inconscience. P. 127

.

Or refouler signifie se libérer illégitimement d'un conflit ; . on se forge l'illusion qu'il n'existe pas. Mais alors que devient le complexe refoulé ? Car il est clair qu'il continue d'exister, quoique le sujet n'en ait nulle conscience. . le refoulement provoque, par régression, la réanimation d'un rapport ou d'une forme de rapport ancien ; dans le présent cas, c'était la réanimation de l'imago paternelle. Pour autant que nous le sachions, les contenus inconscients « constellés » (c'est-à-dire activés) sont toujours en même temps projetés, ce qui veut dire qu'on les découvre dans les objets extérieurs ou que du moins on prétend qu'ils existent dehors de notre propre psyché. Un conflit refoulé avec son ton affectif doit reparaître quelque part. Ce n'est pas l'individu qui rend consciente la projection née du refoulement ; celle-ci se fait automatiquement et on ne la reconnaît pas, sauf si des conditions toutes particulières contraignent à revenir sur elle.

L' « avantage » de la projection est que l'on se trouve en apparence du moins, débarrassé du conflit pénible. Un autre, ou des circonstances extérieures, en portent la responsabilité. Dans notre cas, la réanimation de l'imago paternelle provoque un hymne adressé à la divinité. A la place du chanteur homme apparaît donc la divinité et à la place de l'amour terrestre, l'amour divin. . P.129

.alors le dieu-père qui apparaît est une projection, et la procédure qui en est responsable une manouvre pour s'illusionner soi-même dans l'intention illégitime de rendre irréelle une difficulté réellement existante, de la chasser de l'existence par un tour de passe-passe.

Si un produit comme cet hymne voyait le jour sans acte de refoulement, donc inconsciemment et spontanément, nous serions en présence d'un processus de transformation tout à fait naturel et automatique. La divinité créatrice issue de l'imago paternelle ne serait plus produit du refoulement, donc un succédané; ce serait un phénomène naturel inévitable.

Tous les actes créateurs spontanés des artistes ou autres sont des métamorphoses naturelles de ce genre, sans élément conflictuel mi-conscient. Mais dans la mesure où ils ont été provoqués par un acte de refoulement qui en est la cause, ils portent en eux un conditionnement complexuel qui les défigure de plus en plus en névrose et leur imprime pour ainsi dire le sceau de produit de remplacement. . il n'est pas difficile, grâce à ce dernier caractère de déterminer leur origine, donc de voir qu'ils résultent d'un acte de refoulement. Une naissance naturelle qui jette ou projette dans le monde une forme vivante n'est pas causée par un refoulement. Ainsi la création artistique ou spirituelle représente un processus naturel même en cas de projection d'une figure divine.

. la base de la représentation générale de Dieu, si vieille qu'on ne sait plus guère si c'est elle qui provient de l'imago paternelle ou l'inverse.

L'image de Dieu née d'un acte créateur spontané est une figure vivante, un être existant avec ses droits propres et qui par conséquent se dresse en face de son créateur apparent. . la relation entre créateur et création est dialectique .. tort ou à raison, l'intellect naïf en Inclut à l'existence en elle-même de la figure ainsi produite et il incline à penser que ce n'est pas lui qui l'a formée, mais qu'elle s'est au contraire imprégnée en lui .L'esprit naïf ne peut manquer de tenir compte de son indépendance et de développer pratiquement son rapport dialectique. Cela se manifeste en ce que, dans des situations pénibles ou dangereuses, on implore sa présence dans l'intention de la charger des difficultés apparemment insupportables et dans l'espoir d'obtenir d'elle du secours. Dans le domaine psychologique cela signifie que les complexes qui accablent l'âme sont consciemment « transférés » à l'image du Dieu, ce qui, fait remarquable, représente exactement le contraire d'un acte de refoulement. Dans ce dernier, on abandonne les complexes à une instance inconsciente, parce que l'on préfère les oublier. Mais dans l'exercice religieux, il est précisément d'une très grande importance que l'on garde la conscience de ses difficultés, c'est-à-dire de ses péchés. .. la confession mutuelle.. s'oppose efficacement à la chute dans l'inconscient. Ces mesures tendent à tenir conscients les conflits et c'est là aussi une condition sine qua non des procédés psychothérapeutiques. . P.131

. La projection consciente que vise l'éducation chrétienne apporte ainsi un double bienfait psychique : d'abord on reste conscient du conflit (« péché ») de deux tendances qui s'opposent l'une à l'autre, et l'on empêche par là que refoulement et oubli ne transforment une souffrance connue en une inconnue d'autant plus torturante ; ensuite on allège son fardeau en l'offrant au dieu qui connaît toutes les solutions. Or la figure du dieu est en premier lieu une image psychique, un complexe représentatif de nature archétypique. ce complexe possède une certaine autonomie fonctionnelle. Il se manifeste comme existence psychique. . .Celle-ci (la science) ne peut que constater la présence de facteurs psychiques et pour autant qu'on ne dépasse pas cette limite en faisant intervenir une croyance dans toutes les questions dites métaphysiques, on se trouve en présence de réalités psychiques exclusivement. Précisément à cause de leur nature psychique, ces dernières sont très intimement intriquées dans la personnalité individuelle, par suite exposées à toutes les variations possibles, au contraire d'un postulat de foi dont l'uniformité et la stabilité sont garanties par l'organisation et la tradition. . La figure religieuse apparaît surtout comme un facteur psychique que seule la théorie peut distinguer de la psyché individuelle. Plus on la sépare par abstraction de celle-ci, plus elle perd de sa plasticité et de son évidence puisque c'est précisément à son union intime avec la psyché individuelle qu'elle doit la forme marquée qu'elle prend, ainsi que sa vie. P.133 . Elle (la science) met donc à la place de la certitude de la foi, l'incertitude de la connaissance humaine. Le changement d'attitude ainsi occasionné n'est pas sans conséquences considérables pour l'individu ; la conscience se voit isolée dans un monde de facteurs psychiques et seul n souci extrêmement consciencieux peut empêcher que l'on assimile ces derniers et que l'on s'identifie à eux. Le danger est particulièrement grand parce que dans l'expérience immédiate (rêve, vision, etc.), les figures religieuses manifestent un penchant très marqué à apparaître sous des formes variées ; elles revêtent souvent si totalement l'apparence de la psyché individuelle qu'on finit par se demander si, au fond, elles ne sont pas des créations du sujet lui-même. Evidemment c'est là une illusion de la conscience, mais elle est très fréquente. (.. il ne s'agit pas toujours d'une illusion, mais le sujet, c. à d. la personne, peut être la source principale de la transformation d'une figure, comme cela se produit en particulier dans les névroses ainsi que dans les psychoses.) En réalité l'expérience interne provient de l'inconscient dont nous ne disposons pas le moins du monde. Or l'inconscient, c'est la nature qui ne trompe jamais ; nous seuls, nous nous trompons. . 

.. dans la communauté chrétienne ... l'on se confessait réciproquement ses péchés et reportait sur la figure divine les difficultés spirituelles. Ainsi s'établit entre elle et l'homme une union intime. Mais ce n'est pas seulement avec Dieu, mais aussi avec les semblables que l'on doit être en union d'amour. Il semble même que cette dernière union soit aussi importante que la première. Si Dieu ne « reste en nous » qu'à la condition que nous aimions « notre frère », on serait tenté de penser que l'amour a encore plus d'importance que Dieu. Ce n'est pas là une question absurde . P.135

. il semble que l'amour ne soit pas une puissance négligeable. Elle est Dieu même. D'un autre côté, « l'amour » est anthropomorphisme « par excellence » et avec la faim, la force impulsive psychique classique de l'homme. Psychologiquement, il est d'une part fonction de relation, d'autre part état psychique à teinte affective qui, on le voit, se confond, .. avec l'image de Dieu. Indubitablement, l'amour renferme une déterminante instinctive : il est qualité et activité de l'homme et quand le langage religieux, définissant Dieu, le dit « amour », le danger est grand de confondre l'amour qui agit en l'homme avec l'action divine. .. l'archétype est si profondément tissé dans la trame de l'âme individuelle que seule une attention minutieuse peut distinguer de la psyché personnelle, au moins par le concept, le type collectif. Cette distinction, cependant, n'est pas sans inconvénients pratiques en ce sens que « l'amour » humain est conçu comme une condition sine qua non de la présence divine.

. Empiriquement « l'amour » se présente comme la force fatale par excellence, qu'il soit basse concupiscence ou affection spirituelle. C'est un des plus puissants moteurs des choses humaines. On le conçoit comme « divin » et c'est à bon droit qu'on lui donne ce nom, car la puissance absolue de la psyché a de tout temps été appelée « Dieu ». . Et toujours Dieu est placé face à l'homme dont il est expressément distingué. L'amour, il est vrai, leur est commun. Il est le propre de l'homme en ce sens qu'il s'empare de lui, .. l'homme est son objet ou sa victime. Psychologiquement, cela veut dire que la libido, en tant que force de désir et d'aspiration - en un sens plus large :-en tant qu'énergie psychique, est en partie à la disposition du moi, mais qu'en partie aussi elle se comporte vis-à-vis de lui avec une certaine autonomie ; que, le cas échéant, elle le détermine soit en le plongeant dans une situation pénible, qu'il n'a pas voulue, soit en lui ouvrant une nouvelle source de force à laquelle il ne s'attendait pas. Comme les rapports de l'inconscient au conscient ne sont pas simplement mécaniques ou complémentaires mais bien compensatoires et accordés selon l'unilatéralité de l'attitude consciente, on ne peut nier le caractère intelligent de l'activité inconsciente. De telles expériences expliquent immédiatement pourquoi l'image de Dieu fut considérée comme un être personnel.

Comme la détermination psychique .. a été imposée à l'homme finalement par l'inconscient , cette expérience aboutit tout naturellement à l'idée que l'image de Dieu est un esprit recherchant un esprit. . P.137 . C'est pourquoi l'autre définition de Dieu est : « Dieu est esprit. » L'image pneumatique de Dieu a même abouti par un affinement tout particulier au Logos, qui a donné à    « l'amour » émanant de Dieu un caractère spécial d'abstraction .

« Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu. »

. Mais cela ne va pas tellement de soi ; car psychologiquement l'énergie d'un archétype n'est généralement pas à la disposition de la conscience. Aussi les formes humaines de l'amour - et c'est avec raison- ne sont pas considérées comme « spirituelles » , voire « divines ». L'énergie de l'archétype ne se communique au moi humain que si celui-ci est influencé ou saisi par une action autonome de cet archétype. De cette expérience psychologique on devrait donc conclure que l'homme qui pratique l'amour spirituel est déjà au préalable saisi par lui, qu'il est sur la voie d'un donum gratiae ; car on ne peut guère supposer qu'il puisse par ses propres moyens s'attribuer un mode d'action divin comme l'est un amour de cette sorte. Mais par suite du donum amoris il est à même de prendre en ce sens la place du dieu. On peut en effet constater psychologiquement qu'un archétype a le pouvoir de saisir le moi et même de le contraindre à agir dans sa direction ( à lui archétype ). L'homme peut apparaître sous P.138 la figure d'un archétype et exercer les effets correspondants ; il peut en quelque sorte prendre la place du Dieu .

Le rapprochement réciproque provoqué entre les hommes par une telle communauté (catholique) conduit à une intimité psychique qui, à son tour, effleure les sphères instinctives personnelles de l'amour « humain » : il comporte par conséquent certains dangers. Avant tout sont inévitablement constellés les instincts de la puissance et de l'érotique. L'intimité crée entre les humains certains raccourcis qui ne conduisent que trop aisément à ce dont le christianisme veut délivrer, l'attirance trop humaine avec toutes ses conséquences et toutes ses nécessités, dont eu à souffrir l'homme . Car de même qu l'événement religieux fut souvent, dans l'antiquité, conçu comme une union corporelle avec la divinité, de même certains cultes étaient imprégnés de sexualité de toutes les sortes. Les relations des hommes entre eux ne frisaient que trop la sexualité. La décomposition morale des premiers siècles chrétiens produisit une réaction qui germa dans l'ombre des couches les plus basses du peuple et qui s'exprima aux IIème et IIIème siècles dans la grande pureté des deux religions antagonistes : le christianisme d'une part et le mithriacisme d'autre part. Ces religions visaient ces formes supérieures de communauté sous le signe de la projection d'une idée ( « faite chair, incarnée ») où les forces passionnelles les plus puissantes de l'homme pouvaient servir à la conservation sociale, alors qu'auparavant elles l'emportaient d'une passion à l'autre. Ce que les anciens considéraient comme la contrainte exercée par les mauvaises étoiles, .. () ou en termes psychologiques .. P.141 .. contrainte par la libido.

.

XXX . Nous avons donc trois sortes de symbolisation de la libido :

1) La comparaison analogique : comme le soleil et le feu

2) Les comparaisons causatives : a) comparaison au moyen de l'objet : la libido est désignée par son objet, par exemple le soleil bienfaisant ; b) comparaison au moyen du sujet : la libido est désignée par son instrument ou son analogon, par exemple par le phallus ou son analogon le serpent.

En même temps que ces trois formes fondamentales de comparaison, opère encore une quatrième : la comparaison d'activité, dans laquelle le tertium comparationis est l'activité (par exemple la libido est féconde comme le taureau, dangereuse - par la violence de sa passion comme le lion ou le sanglier, lubrique comme l'âne, etc.). Ces comparaisons représentent autant de possibilités symboliques, et, par suite, l'infinité des différents symboles, dans la mesure où ils sont des images de libido, peut se ramener à une source très simple : la libido et ses caractères. Cette réduction et cette simplification psychologiques correspondent à l'effort historique des civilisations en vue d'une fusion et d'une simplification syncrétiques du nombre infini des dieux. Cette tentative se rencontre déjà dans l'Egypte ancienne où l'excès de polythéisme des divers démons locaux contraignit finalement à une simplification. Les différents dieux locaux furent identifiés au dieu Soleil, Rê P.185

Deuxième partie

I INTRODUCTION

. originale suite d'idées révélées par l'analyse du poème « the moth to the sun » . le dieu créateur dont la double nature apparaît nettement chez Job, reçoit .. une nouvelle qualification .. P.221 ..Le dieu devient soleil et trouve par suite au-delà de la division morale son expression naturelle dans le père céleste éclatant de lumière et dans le diable. . le soleil est le dieu-père dont vit tout ce qui vit, fécondateur et créateur, source d'énergie de notre monde. Dans le soleil, être naturel qui ne connaît aucune division intérieure, se résout harmonieusement le conflit auquel l'âme humaine est en proie. Le soleil n'est pas seulement bienfait ; il est aussi bien capable de détruire - et c'est pourquoi la figure zodiacale de la chaleur d'aout est le lion qui ravage les troupeaux et que tue le héros juif Simon ( Simon, dieu solaire. .. La mise à mort du lion, comme le sacrifice du taureau de Mithra, est une anticipation du sacrifice personnel du dieu. ..) pour délivrer de cette calamité la terre languissante. Mais la nature propre du soleil est de brûler et il semble tout naturel à l'homme qu'il le fasse. De même il éclaire indistinctement le juste et l'injuste et laisse grandir les êtres vivants utiles ainsi que les nuisibles. Aussi le soleil semble-t-il propre à représenter le dieu visible de ce monde, c'est-à-dire la force active de notre P.223 âme que nous appelons libido et dont l'essence est de produire l'utile et le nuisible, le bien et le mal. Cette comparaison n'est pas un simple jeu de mots : les mystiques nous l'ont appris : quand leur recueillement les plonge dans la profondeur de leur être le plus intime, ils trouvent « dans leur propre cour » l'image du soleil ; ils trouvent leur propre volonté de vivre, qu'on nomme à bon droit, et même, peut-on dire, avec un droit « physique », soleil, puisque le soleil est la source de notre énergie et de notre vie. Ainsi en tant qu'elle est un processus énergétique, notre vie physiologique est entièrement soleil.

Cf.Upanishad .. Rudra ..

Le puissant dieu, semblable au soleil, est en chacun, et qui le connaît est immortel. . P.225

Poucets, Dactyles et Cabires ont un aspect phallique ; ce qui est compréhensible puisque ce sont des forces formatrices dont le Phallus est aussi le symbole. Ce dernier présente la libido, l'énergie psychique sous son aspect créateur. Ce que nous venons de dire vaut en général de beaucoup de symboles sexuels qui apparaissent, non seulement dans les fantaisies oniriques, mais encore dans le langage. Il n'est pas nécessaire, ni dans un cas ni dans l'autre, de les prendre au pied de la lettre ; .. ils ne sont pas des signes d'une chose déterminée ; il faut les comprendre en tant que symboles. Cette dernière notion veut dire qu'il s'agit d'une expression indéterminée, voire équivoque, indiquant quelque chose que l'on n'a pas entièrement compris. Le « signe » a un sens ferme, parce qu'il est une abréviation ( conventionnelle) pour une chose connue ou une référence à cette même chose. Aussi un symbole a-t-il de nombreuses variantes analogues et plus il en a à sa disposition, plus est complète et pertinente l'image qu'il esquisse de son objet. La force créatrice symbolisée par le poucet, etc., peut aussi être représentée par le phallus ou par d'autres symboles qui décrivent des aspects différents du processus lui servant de base. Les nains aux traits caractéristiques travaillent dans le secret ; le Phallus engendre un être vivant et cela dans l'ombre, et la clé par exemple ouvre des portes interdites et secrètes derrière lesquelles il y a des découvertes à faire. Cf. Faust . P.227

La libido décrite ici n'est pas seulement celle qui crée, forme et engendre ; elle posède aussi un pouvoir de flairer comme un être vivant autonome ( aussi peut-on la personnifier). C'est une poussée vers un but, comme la sexualité qui est en général un objet de comparaison recherché.

Le « royaume des mères » a des relations non négligeables avec la « matrice » qui en tant que telle symbolise fréquemment l'inconscient dans son aspect plastique créateur. Cette libido est une force de la nature, bonne et mauvaise à la fois, autrement dit moralement indifférente. Uni à cette force, Faust réussit à accomplir le vrai devoir de sa vie, d'abord dans des aventures désastreuses, ensuite pour le bonheur de l'humanité. . L'instrument insignifiant dans la main de Faust représente l'obscure puissance créatrice de l'inconscient, qui se révèle quand il lui obéit et qui est à même d'accomplir des miracles. Cette impression paradoxale semble être générale cf. les Upanishads .

Le symbole phallique est souvent mis à la place de la divinité créatrice .le phallus est conçu comme indépendant .

Héphaïstos, .. , Mâni .. ont des pieds difformes. Car la force créatrice miraculeuse est aussi une caractéristique du pied . Il semble aussi typique que les voyants soient aveugles . P.229 Insignifiance et difformité sont devenues des traits marquants de ces dieux chtoniques secrets, fils d'Héphaïstos, auxquels on attribuait une énorme puissance miraculeuse, les Cabires.

A Samothrace leur culte est intimement confondu avec celui d'Hermès ithyphallique . Les géants phrygiens, ingénieux serviteurs de Rhéa, étaient également des Dactyles. . Ils portent, eux aussi, l'étrange coiffure pointue (pileus) propres à ces dieux mystérieux et qui à partir de là se perpétue comme signe secret de reconnaissance. Attis porte le pileus ; Mithra aussi.

C'est la coiffure traditionnelle de nos dieux chthoniques infantiles, les lutins.

Le personnage du nain conduit à celui de l'enfant divin, du Puer aeternus, du jeune Dionysos . nous trouvons un Dionysos barbu et à coté un jeune garçon . P.231 . la double figure de Dionysos adulte et enfant. .. culte du grand et du petit homme. Or Dionysos, sous ses divers aspects, est un dieu dans le culte duquel le phallus était une composante importante ... l'Hermès phallique du dieu a donné lieu à une personnification de Dionysos-phallus en la figure du dieu Phalès qui n'est autre qu'un Priape. . Le paradoxe de grand et petit, de nain et géant souligné par les Upanisbads est exprimé ici par les termes plus bénins de : garçon et homme, ou fils et père. Le motif de la difformité, très utilisé dans le culte des Cabires . la différence de taille devient motif de scission, de même ici la difformité.

. le terme de «libido », introduit par Freud, n'est certes pas dénué de connotation sexuelle, mais en même temps qu'il faut absolument écarter toute définition exclusivement et unilatéralement sexuelle de cette notion. L'appetitus et la compulsio sont des propriétés communes à tous les instincts et à tous les automatismes. De même que nous ne pouvons prendre littéralement les métaphores sexuelles du langage, de même non plus les analogies correspondantes des symptômes et des rêves. La théorie sexuelle des automatismes psychiques est un préjugé insoutenable. Déjà le simple fait qu'il est impossible que la totalité des phénomènes psychiques découlent d'un seul instinct, interdit toute définition unilatérale de la libido. . Libido est pris par Cicéron en un sens très large P.233 .

Le sens de la libido est ici désir et, selon les stoïciens qui la distinguent du vouloir, avidité sans frein. . « Faire une chose par libido, non par raison ».) . « La fureur fait partie de la libido ». (Saluste) .  « Ils avaient plus de plaisir aux belles armes et aux chevaux de guerre qu'aux prostituées et aux banquets ». « Si tu avais un véritable intérêt (libido)pour ton pays. » etc.

L'emploi du mot libido est si général que la phrase : « libido est scire » ne signifie que « je veux », « il ne plait ». (C'est le sens qu'a encore aujourd'hui le mot « libidine » dans le toscan populaire.) .. libido a le sens d'envie. Le sens de désir sexuel se rencontre aussi dans l'antiquité. .. saint Augustin dit que libido est « generale vocabulum finis cupiditatis » ; . (« Il y a un désir (libido) de vengeance qui s'appelle colère, un désir (libido) de posséder de l'argent qui s'appelle avarice, un désir de l'emporter de toute manière qui s'appelle entêtement, un désir de se vanter qui s'appelle jactance. Il y a donc des tendances nombreuses et diverses dont certaines ont des noms à elles propres, d'autres non. Qui par exemple pourrait trouver une expression pour la tendance à dominer, qui pourtant, on peut le prouver, joue le plus grand rôle dans l'esprit des tyran, et dans les guerres civiles. » )

Libido désigne donc pour lui un appetitus comme la faim et la soif ; quant à ce qui concerne la sexualité, il dit .. ( « Un appétit précède le plaisir (libido) que l'on ressent dans sa chair comme un désir, comme la faim et la soif. ») P.235 .

Libido ou lubido (avec libet, plus anciennement lubet, il plaît et libens ou lubens = volontiers, volontairement, de bon gré, de bonne grâce) sanscrit Lùbhyati = ressentir un violent désir, lôbhayati = excite le désir, lubdha-h = avide, lôbha-h = désir, avidité, . liob = lieb = aimant. .. loben = louer, lob = prix, renommée. .. ljubiti (bulgare) = aimer . liaupsinti = chanter la louange.

On peut dire que dans le domaine psychologique le concept de libido a la même signification que celui d'énergie dans le domaine de la physique . P.237

II DU CONCEPT DE LIBIDO

.. Freud a introduit son concept de Libido et, .., il a défini, celle-ci comme sexuelle. La libido paraît capable de se scinder et de se communiquer à d'autres fonctions et domaines sous forme « d'apports de libido », bien que ces omaines n'aient en eux-mêmes aucun contact avec la sexualité. Cette constatation a conduit Freud à comparer libido à un fleuve qui peut se diviser, qu'on peut arrêter et qui se déverse dans des lits collatéraux, etc. . .. Freud ne déclare pas que « tout » est « sexuel» ; il reconnaît au contraire qu'il existe des forces instinctives dont on ne connaît pas trop la nature, mais auxquelles il a dû reconnaître la capacité de recevoir de ces « apports de libido ». L'image hypothétique qui lui sert de base est celle d'un « faisceau de tendances » où la tendance sexuelle figure comme tendance partielle. Son empiétement dans le domaine d'autres tendances est un fait d'expérience. (Mais il en est de même de la faim..) La théorie freudienne résultant de cette conception et selon laquelle les forces tendancielles d'un système névrotique correspondent précisément à ces apports de libido vers d'autres fonctions tendancielles (non sexuelles) est devenue le fondement de la théorie psychanalytique des névroses .. Peu après cependant Freud a dû se demander si finalement la libido ne concordait pas avec l'intérêt en général. Cf. un cas de schizophrénie paranoïde . P.239 :

 « . la question de savoir si nous devons considérer que le détachement général de la libido du monde extérieur est suffisamment efficace pour expliquer par lui « la fin du monde » et si, dans ce cas, les accaparements du moi (auxquels on se tient ne devraient pas suffire pour maintenir le rapport avec le monde extérieur. On devrait alors ou bien faire coïncider avec l'intérêt en général ce que nous appelons occupation par la libido (intérêt d'origine érotique) ou bien tenir compte du fait qu'un trouble important dans le placement de la libido peut aussi provoquer un trouble correspondant dans les accaparements du moi. . Nous considérons la tendance comme le concept limite du somatique et du psychique, voyons en elle le représentant psychique des forces organiques et acceptons la distinction courante entre tendance du moi et tendance sexuelle qui paraît concorder avec la double position biologique de l'individu qui tend à sa propre conservation et à celle de l'espèce. . »

Finalement Freud décide que la modification paranoïde est pourtant suffisamment expliquée par le retrait de la libido sexuelle. .. :

« . c'est seulement ou surtout par la perte de l'intérêt libidineux qu'il faut expliquer le changement de relation avec le monde ».

.. Freud se demande si la notoire perte du réel du paranoïaque (et du schizophrène) .. doit être ramenée à un retrait de « l'état libidineux» seul ou si au contraire elle se confond avec ce qu'on appelle intérêt objectif en général. On ne peut guère admettre que la « fonction du réel » (Janet ) normale ne soit entretenue que par des rapports de libido, c'est-à-dire par l'intérêt érotique. A vrai dire, dans de très nombreux cas, la réalité en général disparaît, de sorte que les malades ne manifestent pas la moindre apparence d'adaptation psychologique. (La réalité dans ces états est étouffée par des contenus de l'inconscient.) On est donc contraint de dire que c'est non seulement l'intérêt érotique, mais bien l'intérêt en général, c'est-à-dire toute relation avec le réel, à l'exception de quelques restes sans importance, qui a disparu. . L'expression « apport supplémentaire de libido » désigne une grandeur très problématique. Bien des contenus d'apparence sexuelle ne sont que des métaphores et des analogies, comme par exemple ; « feu » pour passion, « chaleur » pour colère, « mariage » pour union étroite, etc. Il n'est guère possible de croire que tous les couvreurs qui posent des « moines » sur des « nonnes », et tous les Romans qui manient des clés « mâles » et « femelles » soient comblés d'une abondance d'« apport de libido ».

Jadis, dans ma Psychologie de la démence précoce, je me suis tiré d'affaire en employant l'expression « énergie psychique » parce que ce qui disparaît est plus que le simple intérêt érotique. .P.241 . Il faudrait alors déclarer d'une façon générale que sont sexuelles toutes les relations avec le monde extérieur. . Le terme « psycho sexualité» est un symptôme très net de cette inflation conceptuelle. Dans la schizophrénie . Il manque au réel beaucoup plus que ce qu'on pourrait attribuer à la sexualité, sensu strictori. Il manque une telle masse de « fonction du réel » que la perte doit englober des fonctions instinctives .. personne n'admettra que la réalité ne soit qu'une fonction sexuelle. D'autre part, si elle l'était, l'introversion la libido (sensu strictiori) devrait provoquer déjà dans la névrose une perte du réel que l'on pourrait comparer à elle de la schizophrénie. Or ce n'est pas du tout le cas. Comme Freud lui-même l'a montré, l'introversion et la régression de la libido sexuelle ou érotique conduisent tout plus à la névrose, mais pas à la schizophrénie.

. A la place de la théorie sexuelle des Trois essais, une conception énergétique me parut plus convenable. Elle me permit d'identifier l'expression « énergie psychique » et le terme « libido ». Cette dernière exprime un désir, ou une impulsion que n'entrave aucune instance morale ou autre. La libido est un « appetitus » dans son état naturel. Dans l'histoire de l'évolution, ce sont les besoins corporels comme la faim, la soif, le sommeil, la sexualité, ou les états émotionnels, les affects, qui constituent l'essence de la libido. Tous ces facteurs ont leurs différenciations et leurs délicates ramifications dans la psyché humaine si hautement compliquée. .. les plus hautes différenciations elles-mêmes sont nées à l'origine de formes premières plus simples. .

. La musique dépend étroitement de la sphère génératrice .

Quand nous parlons de la libido en tant qu'instinct de reproduction, nous nous tenons dans les limites de la conception qui oppose libido à faim, comme on oppose l'instinct de conservation de l'espèce à celui de conservation de l'individu. Evidemment cette distinction artificielle n'existe pas dans la nature. Là, nous ne voyons qu'un instinct continu de vie, une volonté d'être qui par la conservation de l'individu cherche à réaliser la propagation de toute l'espèce. A ce point de vue cette conception coïncide avec le concept de volonté de Schopenhauer, de même que nous ne pouvons saisir de l'intérieur que comme vouloir, ou désir, ou envie ce que nous voyons de l'extérieur comme mouvement. Cette introduction dans l'objet de représentations psychologiques est désignée dans le P.243 langage philosophique par le terme d'introjection. (Par contre le concept d'introjection de Ferenczi désigne l'acte d'englober le monde extérieur dans le monde intérieur.) L'introjection a pour effet de subjectiver l'image du monde. C'est à cette même introjection que la notion de force doit son existence. . le concept de libido en tant que cupiditas ou appetitus est une interprétation du processus psycho énergétique que nous éprouvons sous la forme d'un « appetitus ». Ce qu'il y a au fond de lui, nous ne le savons pas plus que nous ne savons ce qu'est en elle-même la psyché.

.

Et cela nous conduit à un concept de libido qui s'élargit d'une façon générale jusqu'à la notion de « tendre vers ». .. nous savons trop peu de choses sur la nature et le dynamisme des instincts humains pour avoir l'audace d'accorder à un seul d'entre eux le primat. Aussi est-il plus prudent, quand on parle de libido, d'entendre par ce terme une valeur énergétique qui peut se communiquer à un domaine quelconque, puissance, haine, faim, sexualité, religion, etc., sans être une tendance spécifique .

Nombreuses sont les tentatives, tant mythologiques que philosophiques, pour formuler et rendre sensible cette force créatrice que l'homme connaît parce qu'il la vit subjectivement. .. Eros .. Phanes, .. a aussi le sens orphique de Priaye ; il est bisexué .. Dionysos .. Kâma hindou, dieu d'amour en même temps que principe cosmogonique. .

L'âme universelle a chez Plotin un penchant à l'être séparé et à la divisibilité, condition sine qua non de tout changement, de toute création et propagation; elle est « un tout infini de vie » et toute énergie; elle est un organisme vibrant des idées qui parviennent P.245 en elle à leur efficacité et à leur réalité. . Le nectar est analogue au Soma, boisson de fécondité et de vie. L'âme en tant qu'âme « supérieure » s'appelle Aphrodite céleste ; âme « inférieure », elle est Aphrodite terrestre. Elle connaît « les douleurs de l'enfantement », etc.. 

Le point de vue énergétique libère l'énergie psychique de l'étroitesse trop grande d'une définition. L'expérience montre que des processus instinctifs d'un genre quelconque peuvent être souvent démesurément grandis par un afflux d'énergie venu de n'importe où. Cela est vrai non seulement de la sexualité, mais encore de la faim et de la soif. Il peut arriver qu'une sphère instinctuelle perde temporairement un potentiel énergétique au bénéfice d'une autre. .

La tendance est une manifestation vitale mystérieuse de caractère en partie psychique en partie physiologique, appartenant aux fonctions les plus conservatrices de la psyché, et il est difficile, voire impossible, de la modifier. Les troubles pathologiques d'adaptation comme les névroses, devront donc s'expliquer plus par l'attitude prise vis-à-vis de la tendance que par une modification de cette dernière. Mais l'attitude est un problème compliqué, éminemment  psychologique : ce n'en serait pas un si l'attitude dépendait de l'instinct. Les forces actives de la névrose proviement toutes sortes de propriétés du caractère et d'influences P.247 du milieu qui produisent ensemble une attitude rendant impossible une ligne de vie qui donne satisfaction aux instincts. L'absurdité instinctuelle névrotique de l'homme jeune tient donc à une disposition analogue de ses parents et le trouble de sa sphère sexuelle est un phénomène secondaire . il n'y pas de théorie sexuelle, mais il y a une théorie psychologique des névroses.

.. notre hypothèse selon laquelle ce n'est pas l'instinct sexuel, mais une énergie en soi indifférente qui donne lieu à la formation de symboles de lumière, feu, soleil, etc. Ainsi, par la disparition de la fonction du réel dans la schizophrénie, ce n'est pas une intensification de la sexualité qui apparaît, mais un monde imaginaire portant des traits archaïques évidents. . quand une fantaisie archaïque se glisse à la place de la réalité, cela n'indique rien de la nature de la fonction du réel ; cela démontre tout au plus .. que, quand un système récent vient à disparaître, un système primitif, donc de caractère plus ancien, peut prendre sa place - .. comparaison de Freud : on tire avec des arcs et des flèches au lieu de tirer avec des fusils. La perte des dernières acquisitions de la fonction du réel (ou adaptation) est compensée - si tant est qu'elle le soit - par un mode d'adaptation plus ancien. Nous trouvons déjà ce principe dans la doctrine des névroses : à savoir que l'adaptation ratée est remplacée par un mode d'adaptation ancien, par une réanimation régressive de l'imago parentale. Dans la névrose, le produit de remplacement est une fantaisie de provenance et de portée individuelles .. Dans les névroses il n'est jamais question d'une véritable perte du réel, mais seulement d'une altération de la réalité, tandis que dans la schizophrénie elle est perdue dans une très large mesure.

. Mme la doctoresse Spielrein donne également quelques exemples intéressants des définitions archaïques qui, dans la maladie, viennent étouffer le sens des mots modernes. Ainsi .. l'analogie mythologique de l'alcool et de la boisson enivrante en .. « éjaculation » ( autrement dit : Soma). .. symbolisme de la cuisson analogue à la vision alchimistique de Zosimos. Ce dernier voyait dans le creux de l'autel de l'eau bouillante où des hommes se métamorphosaient. La malade employait terre à la place de mère, ou eau pour mère.

.. concernant le remplacement de la fonction du réel troublée par des surrogats archaïques . « J'ai eu différentes fois l'illusion que les malades étaient tombés victimes d' « une superstition régnant dans le peuple. » (Spielrein) De fait les malades remplacent la réalité par des fantaisies analogues aux P.249 conceptions du passé, mais qui ont eu jadis le sens d'une fonction du réel. Comme le montre la vision de Zosimos, les vieilles superstitions étaient des symboles qui tentaient d'exprimer de façon adéquate l'inconnu du monde (et de l'âme). La com « préhension » rend possible une « préhension » des choses, un concept, ce qui traduit une prise de possession. Le concept correspond dans sa fonction au nom à effet magique qui s'empare de l'objet. Ainsi, non seulement ce dernier devient inoffensif, mais en plus il est incorporé au système psychique de sorte que l'importance et la puissance de l'esprit humain en sont accrues (cf. l'importance accordée à la dénomination dans l'Alvîssmâl de l'ancienne Edda). C'est à une signification analogue du symbole que pense Spielrein .. :

« Il me semble donc qu'un symbole doit en général son origine au désir qu'a un complexe de se dissoudre dans la totalité générale de la pensée. Le complexe perd ainsi de son caractère personnel. Cette tendance à se dissoudre (transformation) qu'a chaque complexe particulier est le ressort de la poésie, de la peinture, de chaque sorte d'art. »

Remplaçons le terme « complexe » par celui de valeur énergétique (= valeur affective du complexe) et la concepion de Spielrein concorde aisément avec la mienne.

Il semble que ce soit par la voie des formations analogiques que s'est peu à peu modifié le trésor des représentations et des noms. Il en résulte un élargissement de l'image du monde. Des contenus particulièrement accentués ( « complexes affectivement teintés » se reflètent en de multiples analogies et synonymes créés, dont les objets se trouvent ainsi poussés dans le domaine d'action magique de la psyché. .. rapports analogiques que Lévy-Bruhl a .. appelés « participation mystique ». . le passage de la libido à l'analogie conduit l'humanité primitive à une série de découvertes .. P.251

III LA METAMORPHOSE DE LA LIBIDO

.. je vais essayer de décrire, .., comment se métamorphose la libido. . e malade atteinte de dépression catatonique. ( sychost as légère,ilr traits hystériques. Alors qu'elle faisait le récit d'une circonstance douloureuse, elle t ? d'obnubilation hystérique où elle ill3nifE tous les signes de l'excitation sexuelle. (BieJ «  excitation aboutit à un acte masturbatoire. Cet acte était accompagné d'un geste étrange : avec l'index de la main gauche, elle faisait continuellement de vifs mouvements de rotation à sa tempe gauche, comme si elle voulait creuser un trou à cet endroit. Pl] . 1uoiqu'il fût aisé de reconnaître en lui un déplacement vers la tempe du geste de creuser du doigt bouche, nez ou oreille, que l'on peut considérer comme analogues à un acte masturbatoire, il me sembla cependant que cette impression devait avoir une certaine importance : pourquoi ? Je ne le compris pas au premier abord. Bie ne enfant bien étrange : à l'âge de 2 ans déjà, elle liait se placer pendant des heures Je dos contre la porte ouverte d'une armoire et à la pousser en cadence, de la tête, ce qui désespérait son entourage. Peu après, au lieu de jouer comme les autres enfants, elle se mit à creuser du doigt un trou dans l'enduit du mur de la maison. Elle le faisait par petits mouvements rotatifs, en grattant ; elle restait des heures à ce travail. C'était une véritable énigme pour ses parents. (Aux environs de la quatrième année apparut la. masturbation.)

. P.253

. chez le jeune individu, la libido exerce son activité d'abord uniquement dans la zone de la fonction nutritive, puisque dans l'acte de téter, des mouvements rythmiques permettent de prendre la nourriture. En même temps aussi dans le domaine de la motricité apparaît déjà un mouvement rythmique agréables des bras et des jambes (trépigner, etc.) . A mesure que l'individu grandit et que ses organes se forme, la libido se fraie de nouvelles voies d'action. Alors le modèle premier de l'activité rythmique créatrice de satisfaction et de plaisir est transféré dans la zone d'autres fonctions avec but final provisoire et partiel dans la sexualité ; ce qui ne veut pas dire que l'activité rythmique est issue de l'acte nutritif. Une part considérable de l'énergie de nutrition et de croissance doit se transposer en libido sexuelle et autres formes. Ce passage ne se fait pas brusquement à l'époque de la puberté. il se fait très progressivement au cours de la plus grande partie de l'enfance. Dans cette période de transition il faut distinguer .. deux phases: la phase de sucement et celle de l'activité rythmique en elle-même. . le sucement appartient encore totalement au domaine de la fonction de nutrition; mais il la dépasse pourtant en ce sens qu'il n'est plus fonction de nutrition, mais activité rythmique sans prise de nourriture. Comme organe auxiliaire, c'est la main qui apparaît. Dans la phase d'activité rythmique en elle-même, le rôle auxiliaire de la main apparaît avec plus de netteté encore; l'activité rythmique quitte la zone buccale et se tourne vers d'autres domaines. Les possibilités sont alors multiples. . le plus souvent, se sont d'autres ouvertures corporelles qui accaparent l'intérêt ; puis la peau et certaines de ses zones et finalement des mouvements rythmiques de n'importe qu'elle sorte. L'activité, qui peut prendre la forme de frotter, creuser, tirer, etc., s'exerce en un certain rythme. Il est clair que quand elle atteint la zone sexuelle, cette activité peut provoquer les premiers essais masturbatoires.

Au cours de sa mutation, la libido entraine avec elle des éléments de la phase nutritive dans ses nouveaux domaines d'application, ce qui permet d'expliquer les nombreuse et profondes liaisons entre la fonction de nutrition et la fonction sexuelle. Qu'une résistance s'élève contre l'activité adulte, contraignant celle-ci à reculer, la régression se fait vers le degré antérieur d'évolution.

En général la phase d'activité rythmique en elle-même coïncide avec les phases du développement de l'esprit et du langage.

Je propose de désigner la période allant de la naissance jusqu'à celle des premières manifestations évidentes de la sexualité -période de la première à la quatrième année environ- période présexuelle. .

Certaines régressions peuvent remonter jusqu'à cette phase présexuelle . p.255

. les phases anciennes peuvent être réanimées par régression. . Cette métamorphose, non seulement ne fut pas un symptôme morbide, mais fut un processus normal fréquent. Il serait donc intéressant de savoir si l'histoire n'en a pas conservé des traces.

. relation entre le creusage et la préparation du feu dans l'histoire des peuples .

Le tertium comparationis doit se trouver dans le rythme (mouvement de va et vient de l'esprit).

. il peut se faire que Prométhée ait le même sens que pramantha ; en d'autres termes, il pourrait y avoir là une analogie archétypique sans qu'il soit question de transmission linguistique. . P.259 . ce que l'on peut constater avec certitude dans cette situation embrouillée, c'est que nous trouvons la pensée ou la prévoyance (cf. Prométhée), la réflexion en relation avec le forage du feu .

..exemples .. d'époques très diverses et de peuples très différents .. qu'il existait un penchant général à mettre en parallèle la production du feu et la sexualité. . combien l'esprit humain persévère dans les vieilles formes et combien est profondément enracinée la réminiscence du « creusage du feu ». . (..profondes fusions de symboles de libido avec des matière et des activités extérieures ...) P.265

.

Il est hors de doute que la sexualité se range parmi les contenus psychiques le plus fortement teintés d'affect. Il serait facile de considérer que tout ce qui présente avec elle quelque analogie, doit en découler et d'utiliser pour cela l'hypothèse que, se heurtant quelque part à une barrière, la libido sexuelle a été contrainte ainsi de chercher une activité de remplacement sous la forme d'une analogie rituelle. Pour expliquer le renversement partiel et la métamorphose de la libido Freud, a supposé que la barrière fut l'interdiction de l'inceste. Plus exactement, il s'agit, dans l'interdiction de l'inceste, d'une restriction de la tendance endogamique. Or, pour contraindre un instinct à un retour, ou simplement pour le restreindre partiellement, il faut ; qu'il y ait du côté opposé une énergie d'une puissance correspondante. Cette énergie, Freud suppose à juste raison qu'elle se trouve dans l'angoisse et pour l'expliquer, il imagine le mythe plus ou moins plausible de la horde primitive tyrannisée par le vieux mâle, à la façon d'une horde de singes. Il faudrait bien compléter cette image en ajoutant en contrepartie une matrone, elle aussi redoutable, représentant la terreur des filles, comme le père primitif tient férocement en respect la bande des fils. Nous aurions ainsi deux sources d'angoisse ; l'une patrilinéaire et l'autre matrilinéaire, selon les conditions primitives de vie. Je puis me représenter que parmi les hommes primitifs les névrosés ont pu « penser » ainsi.

Cependant il me semble pour le moins douteux que telle ait pu être l'origine de la force qui a contraint la tendance, pour cette simple raison d'abord que les tensions, à l'intérieur d'un groupe primitif, ne sont jamais supérieure à celles qu'impose au groupe tout entier la lutte pour la vie. S'il en était autrement, le groupe disparaîtrait sans retard. La tendance endogamique est pour lui un très grand danger, que la restriction de cette tendance veut précisément conjurer. Le moyen semble en être le cross-cousin-marriage qui équilibre les tendances endoganiques et exogamiques. . Le groupe y gagne une consolidation intérieure des possibilités d'extension et, par suite, une plus grande sécurité. Car la source de l'angoisse ne se trouve pas à l'intérieur du groupe, mais en dehors, dans les risques très réels qu'apporte avec elle la lutte pour l'existence. p.267

La peur des ennemis et de la faim l'emporte sur la sexualité, qui n'est pas un problème pour le primitif, car il est plus facile d'avoir une femme que les aliments dont on a besoin. La peur des conséquences de l'inadaptation donne le motif convaincant de la restriction de la tendance. Quand on est mis en présence des périls, il faut s'occuper de savoir comment on pourra les surmonter.

La libido, que les obstacles rencontrés contraignent à régresser en revient toujours aux possibilités existantes dans l'individu. Un chien qui trouve la porte fermée gratte jusqu'à ce qu'on lui ouvre et un homme qui ne trouve pas la réponse se frotte le nez, pince la lèvre inférieure, se gratte derrière l'oreille... Si l'impatience le prend, toutes sortes d'autres rythmes apparaissent : il tambourine avec les doigts, agite les pieds etc. En même temps surgissent toutes sortes d'analogies plus ou moins nettement sexuelles, comme par exemple des gestes masturbatoires. .

La libido refoulée par un obstacle ne régresse pas nécessairement vers des utilisations sexuelles antérieures, mais bien plutôt vers des activités rythmiques infantiles qui sont les modèles primitifs tant de l'acte nutritif que de l'acte sexuel. .

En présence de ces activités rythmiques, on éprouve l'impression qu'il s'agit d'un jeu ; cependant on ne peut qu'être frappé par la puissance énergique de ce prétendu jeu. .. de tels rites .. s'accomplissent avec une dépense peu commune d'énergie; ce qui contraste avec la paresse notoire des primitifs. Ainsi le prétendu jeu acquiert un caractère de contention voulue. .. un exercice intentionnel. Et c'est en effet cela, car le rythme est le mode classique de l'imprégnation de certaines représentations ou d'autres activités, et ce qui doit être imprégné, c'est-à-dire fortement organisé, c'est le passage la libido vers une nouvelle forme d'activité. Après la phase nutritive de développement, l'activité rythmique ne trouve plus à s'employer dans l'acte de nutrition ; alors elle pénètre non seulement dans le domaine de la sexualité .. mais aussi dans celui des "mécanismes de séduction", musique, danse et finalement dans celui du travail au sens propre. Il est très impressionnant de voir combien chez les primitifs le rendement est étroitement lié, voir dépendant de la musique, du chant, de la danse, du tambour et .. du rythme.p.269

. le penchant au rythme ne provient pas du tout de la phrase nutritive d'où il passait ensuite dans la phase sexuelle, mais au contraire il représente un caractère particulier de tous les processus émotifs en général. Toute excitation, peu importe dans quelle phase de la vie, a tendance aux manifestations rythmiques, c'est-à-dire à des persévérations répétitives; ce qui apparaît même dans les expériences associatives, quand les indicateurs sont complexuels, sous la forme de répétitions, d'assonances et d'allitérations. Par conséquent, la forme rythmique n'est pas une raison d'admettre que la fonction qui en est influencée provient de la sexualité.

L'importance psychique de la sexualité aussi bien qu'une plausible analogie avec elle rendent aisé le retour vers elle en cas de régression ... Il arrive, sinon toujours, du moins fréquemment, que le détour dans la sexualité serve à dissimuler le vrai problème. . Page 271 . Ainsi, on a découvert un moyen pour sortir, ou pour se détourner du problème présent en plaçant la question vers un autre domaine exempt de danger. Mais ce bénéfice irrégulier a fait perdre l'adaptation à la place de laquelle s'est glissée une névrose.

Nous avons plus haut ramené la restriction des tendances à la peur des dangers très réels de 1'existence en monde. Cependant la réalité extérieure n'est pas l'unique source de l'angoisse restrictive des tendances, car bien souvent le primitif craint encore davantage une réalité « intérieure », le monde des rêves, les esprits des morts, les démons, les dieux et .. les magiciens et les sorcières, quoique notre rationalisme s'imagine tarir cette source d'angoisse en attirant l'attention sur l'irréalité de tout cela. Or il s'agit toujours de réalités psychiques intérieures dont le caractère irrationnel n'est pas accessible à des motifs raisonnables. . Il y a une réalité psychique aussi impitoyable, aussi insurmontable que le monde extérieur, et aussi utile et secourable que lui, quand on connaît les voies et moyens d'éviter les dangers et de découvrir les trésors. . Les moyens primitifs sont aussi efficaces dans des circonstances primitives qu'une mitrailleuse ou la radio dans les conditions d'aujourd'hui. Nos religions et nos idéologies socio-politiques peuvent être considérées comme des mesures sanitaires et propitiatoires et comparées aux représentations magiques des primitifs. Là où manque ces "représentations collectives" apparaissent, comme correspondant, des idiosyncrasies confuses, individualistes, des obsessions, des phobies et autre état de possession ...

Malgré toutes les tentatives de la raison pour en modifier l'interprétation, la réalité psychique est et reste une source originale d'angoisse dont le danger augmente au fur et à mesure qu'on la nie.

Les pulsions biologiques se heurtent donc non seulement à une barrière externe, mais aussi à une barrière interne. Le même système psychique qui repose d'une part sur la concupiscence des tendances, repose d'autre part, sur une contre-volonté au moins aussi puissante que l'instinct biologique.

La volonté de refoulements ou de répression des tendances naturelles, c'est-à-dire, de leur prédominance (la superbia) et leur incoordination (la concupiscenntia) provient -pour autant que le motif ne soit pas issu de la misère extérieure- de la source spirituelle, c'est-à-dire d'images psychiques toutes puissantes. Ces images, convictions, conceptions ou idéaux agissent par le moyen de l'énergie propre à l'individu qui .. n'en dispose pas toujours volontairement dans cette intention, mais que ces images .. lui arrachent. . La suggestion du milieu est en soit une conséquence du caractère sacré de l'image, qu'à son tour elle accroît. Sans suggestion du milieu .. l'effet collectif de l'image est faible, voire nul, malgré la grande intensité qu'elle peut avoir en tant qu'événement individuel. . P. 273

. il ne s'agit évidemment pas de représentations héritées, mais d'une disposition innée à former des représentations analogues, c'est-à-dire de structures universelles identiques de la psyché que j'ai plus tard appelées : inconscient collectif. J'ai appelé archétypes ces structures. Elles correspondent au concept biologique de « pattern of bebaviour ».

La propriété de l'archétype, ainsi que le montre un regard jeté sur l'histoire des phénomènes religieux, est l'avoir un effet « divin », ce qui veut dire que le sujet est saisi de la même façon que par l'instinct, que même ce dernier peut être refoulé, parfois dominé par cette force. .

Dès qu'un instinct se trouve limité ou entravé, il se produit une accumulation et une régression de cet instinct; par exemple si la sexualité se trouve inhibée, la régression qui pourrait se produire consiste en ce que l'énergie de la sexualité abandonne le domaine de son utilisation pour animer la fonction d'un autre domaine, ou se communiquer à elle. Elle change donc de forme. .

La régression a quelques difficultés à s'effectuer parce que l'énergie, force spécifique, est fixée à son sujet ; c'est pourquoi lorsqu'elle se transforme, elle transfère à sa nouvelle forme quelques traits de son caractère antérieur. La conséquence en est que les phénomènes qui en surgissent portent, dans notre exemple, le caractère de l'acte sexuel, bien qu'ils n'en soient pas de fait. .

Le stade présexuel de la première enfance, où mène la régression, est caractérisé par ses nombreuses possibilités d'application parce que la libido retrouve là sa polyvalence primitive indifférenciée. Il semble donc facile de comprendre qu'une masse de libido qui, par régression, "s'empare" à nouveaux de ce stade, se trouve en présence de multiples possibilités d'emploi. P275

. La conséquence en est qu'un objet analogue estt "occupé" et prend la place du refoulé. .

La psychologie du stade présexuel porte le caractère qui lui convient de nutrition, tandis que la sexualité trouve sa forme caractéristique dans l'hiérogamies. . Dans l'acte de cultiver le champ se mêle la faim et l'inceste. Les cultes de la terre maternelle voyaient dans le labourage de la terre la fécondation de la mère. Mais le but de l'acte était la production de la moisson et son caractère était magique, nullement sexuel. Dans ce cas, la régression mène à la réanimation de la mère en tant que but du désir, mais cette fois sous la forme symbolique de la nourrice.

Peut être est ce à une régression tout à fait analogue vers le stade présexuel, c'est-à-dire vers l'activité rythmique, que nous devons la découverte du feu. La libido, qu'une restriction de l'instinct fait régresser, une fois parvenue au stade présexuel, réanime le creusage infantile auquel cette fois, elle donne une matière extérieure : c'est pourquoi elle porte le nom de materia, puisqu'à ce stade l'objet était la mère. .

Texte indou(Atman tre premier et universel dont la notion, traduite en t~es »U psychologiques, concorde avec le concept de libido. ' P.277

La bouche à ce stade a encore un sens exclusivement nutritif. La prise de nourriture est une activité originale qui trouve en elle-même satisfaction, et, comme elle est une nécessité vitale, la nature y a joint la récompense du plaisir.

La bouche est aussi l'organe de la parole.

Ainsi l'activité rythmique accomplie par la bouche traduit une concentration à cet endroit des formes émotionnelles c'est-à-dire de la libido. page 278

L'association, étrange au premier abord, de bouche, feu et parole se retrouve dans notre langage : les paroles sont "enflammâtes" et "ardentes". Page 279

Le langage et l'utilisation du feu, découvertes les plus importantes distinguant les hommes de tous les autres vivants, sont des produits de l'énergie psychique, de la libido ... Page 283

La libido, c'est l'intensité subjectivement perçue des faits les plus diverses. Tout ce qui est fortement accentué, donc tous les contenus chargés d'énergie ont une signification symbolique étendue. Page 284

XXX

cf.manthâni= frotter, arracher, attirer à soi, ravir. .

Langage et production du feu signifièrent un jour triomphe sur l'inconscience animale et furent les plus puissants procédés magiques pour dominer les puissances "démoniaques" toujours menaçantes de l'inconscient.

Ces deux activités de la libido exigeaient de l'attention, c'est-à-dire concentration et discipline de la libido et rendaient possible un développement ultérieur de la conscience.

L'exécution et l'utilisation incorrectes du rite, au contraire, provoquaient un mouvement rétrograde de la libido, une régression, par laquelle l'état ancien, instinct et inconscient, menaçait de se reproduire.P.291

Le danger consistait en la "scission de la personnalité", perte d'une âme et abaissement de la conscience, qui ont l'un et l'autre pour conséquence un renforcement automatique de l'inconscient.

Le reflux de la libido augmente l'instinctivité, animant aussi toutes les possibilités et tendances qui conduisent aux excès et aux aberrations des genres les plus divers. Page 292

La cérémonie (cérémonial du feu, repas rituels), a, du point de vue psychologique, la valeur d'une institution significative puisqu'elle représente la procédure exactement circonscrite d'un transfert de libido.

Cette représentation a la valeur fonctionnelle d'un paradigme : il s'agit de montrer comment il faudrait procéder en cas de reflux de la libido.

Ce que nous désignons ainsi est pour le primitif un fait immédiatement saisi : la vie ne se déroule plus, les choses ont perdu leur éclat ; plantes, animaux et humains ne prospèrent plus.

L'homme moderne éprouve dans ce cas un arrêt, une diminution de sa joie de vivre et de son énergie ou une dépression.

Il n'est pas rare que l'on doive attirer sur ce fait l'attention; parce que l'introspection de l'homme civilisé d' aujourd'hui laisse souvent à désirer. Page 293

Ainsi, l'homme a arraché ou ravi à la nature un secret (rapt du feu par Prométhée). Il s'est permis, une atteinte illégale à la nature et à incorporé à sa conscience une partie de l'inconscience primitive. Il s'est approprié, par une sorte de vol, quelque chose de précieux, portant ainsi atteinte au domaine des dieux.

Quand on connaît la peur qu'éprouve le primitif en présence d'innovations imprévisibles, on peut aisément se représenter quelles est son incertitude et qu'elle est sa mauvaise conscience en présence de cette découverte. 

Le résidu de cette lointaine expérience est sans doute conservé dans le motif du rapt. (rapt des boeufs d'Appolon, des pommes du jardin des Hespérides, de l'herbe de vie).Page 294

Notes personnelles:

Penser au thème du rapt et de la culpabilité qui en découle lors des rêves de vol, d'appropriation du précieux...

XXX

.En général, il faut s'attendre à ce que les deux mécanismes fondamentaux de la psyché, l'extraversion et l'introversion, soient dans une large mesure les modes de réactions normaux et bien adaptés contre les complexes ; l'extraversion, un moyen de fuir complexe en se réfugiant dans la réalité ; l'introversion,un moyen de se débarrasser, grâce au complexe, de la réalité extérieure.

Le récit de Samuel (I.3 ;I) montre comment la libido est dirigée vers l'intérieur: l'invocation exprime l'introversion et l'attente certaine que Dieu parlera, déplace l'activité de la conscience sur l'entité constellée par l'invocation et qui, à notre entendement empirique, se dévoile être une image primordiale. L'expérience a constaté cette particularité de tous les contenus archétypiques de posséder une certaine autonomie, puisque d'une part ils apparaissent spontanément et que, d'autre part, ils peuvent exercer une certaine contrainte, parfois même une contrainte insurmontable. L'espoir que « Dieu » puisse assumer l'activité et la spontanéité de la conscience n'a donc en soi rien d'insensé puisque les images primordiales sont parfaitement capables de ce travail.

. P.305

XXX Les symboles thériomorphes concernent toujours des manifestations inconscientes de la libido.

L'inconscience des élans instinctifs repose sur deux sortes de fondements : l'un est l'inconscience générale dont ils participent tous plus ou moins ; l'autre est une inconscience secondaire, résultant du refoulement de contenus incompatibles. Ce phénomène n'est pas cause, mais déjà symptôme d'une attitude névrotique qui préfère ne pas s'arrêter à certaines réalités désagréables et ne craint pas P.307 d'échanger toute une chaîne de phénomènes morbides contre un petit avantage momentané.

Le refoulement ne concerne pas toujours la sexualité, mais d'une façon générale les instincts. Ces derniers sont les fondements vitaux, les lois de la vie. La régression déclenchée par refoulement de l'l'l'instinct ramène toujours au passé psychique et aussi par conséquent à la phase de l'enfance où les puissances prépondérantes étaient en apparence et, pour une part aussi, réellement les parents. Cependant, en même temps qu 'eux, les impulsions des instincts innés de l''enfant jouent un certain rôle ; on le voit en ce que les parents n'ont pas une influence égale sur leurs divers enfants ; ce qui veut dire que Ies enfants réagissent différemment à leurs parents. Ils ont par conséquent des déterminantes individuelles. La conscience enfantine qui est vide doit naturellement croire que toutes les actions déterminantes viennent de l'extérieur. Les enfants sont incapables de distinguer leurs propres instincts de l'influence de la volonté de leurs parents. Et cette incapacité propre à l 'état d'enfant de faire la distinction est cause que les animaux qui représentent les instincts sont en même temps des attributs des parents qui apparaissent alors sous forme animale, le père comme taureau, la mère comme vache, etc. (Il se peut que le motif de « l'animal secourable » ait quelque apport avec l'imago parentale.)

La régression continue-t-elle au-delà de la phase de l'enfance, c'est-à-dire jusqu'à la phase préconsciente ( « prénatale» ) ? alors ce sont des images archétypiques qui apparaissent non plus liées aux souvenirs individuels, mais appartenant au trésor de possibilités représentatives héritées qui renaissent à nouveau avec chaque être humain. C'est alors que naissent des images d'être « divin » partiellement humaines, partiellement animales. Le mode d'apparition de ces figures dépend de l'attitude de la conscience ;est-elle négative dans son rapport avec l'inconscient ? les animaux sont créateurs d'angoisse ; positive, au contraire ? ce sont par exemple des animaux secourables. Souvent aussi il arrive qu'une attitude par trop tendre et soumise à l'égard des parents, à laquelle naturellement ces derniers participent de façon décisive, se compense en rêve par des animaux angoissants, correspondant aux parents. Le sphinx est un de ces animaux créateurs d'angoisse où l'l'on peut aisément découvrir des traits manifestes de leur dérivation maternelle. Dans la légende d'Odipe, le sphinx était envoyé par Héra qui haïssait Thèbes à cause de la naissance de Bacchus. Odipe croyait avoir vaincu le sphinx descendant de la déesse maternelle en trouvant la solution d'une énigme d'une facilité enfantine P.309 :or.

P.370 « Elle grandit dans ma main, elle luit, elle jette des éclairs. » (Faust)

C'est la symbolique primitive de libido qui montre combien immédiate est la relation entre libido et lumière. (Cf. rêve de Stéphanie V.E.)

.

Considérés du point de vue de leur dynamique, ce ne sont pas uniquement les dieux qui sont symboles de libido : les déesses le sont également. La libido s'exprime de même manière par les paraboles du soleil, de la lumière, du feu, de la sexualité, de la fécondité, de la croissance. C'est ainsi qu'il arrive que des déesses aussi, .. soient dotées de symboles phalliques .. Une raison essentielle en est que, tout comme quelque chose de féminin est caché en l'homme, de même il y a quelque chose de masculin en la femme. . L'arbre a donc, pourrait-on dire, un caractère bisexué . p.371

L'arbre se présente avec un caractère hermaphrodite analogue dans le rêve suivant d'une jeune femme :

Elle se trouvait dans un jardin, où se dressait un étrange arbre exotique avec de bizarres floraisons ou fruits rougeâtres ; charnus. Elle en cueillit et les mangea. A sa grande terreur, elle s'en trouva empoisonnée.

Dans le mariage de cette rêveuse s'étaient rencontrées certaines difficultés sexuelles . C'est l'arbre du paradis, qui joue pour les premiers parents un rôle analogue à celui qu'il joue dans ce rêve. Il est l'arbre de la libido, représentant dans le cas actuel aussi bien le côté féminin que le côté masculin, puisqu'il traduit simplement le mode de relation qu'ils ont l'un avec l'autre.

.

Le sens d'étincelant qu'a l'arbre - soleil, arbre du paradis, mère, phallus - s'explique par le fait qu'il est un symbole de libido . P.373 . un symbole phallique ne désigne pas l'organe sexuel, mais la libido, de même que, lorsqu'il apparaît clairement comme tel, il ne se désigne pas lui-même, mais est un symbole de libido. Les symbole sont pas des signes, ni des allégories remplaçant une chose connue, ils cherchent à annoncer un état de fait connu, ou même inconnu. Le tertium comparationis de tous ces symboles, c'est la libido. L'uniformité de sens gît uniquement dans la parabole de la libido. Dans ce domaine cesse le sens solide des choses. La seule réalité .. c'est la libido, dont nous ne saisissons l'essence qu'à travers ce qui se passe en nous. Il ne s'agit pas de la vraie mère, mais de la libido du fils dont l'objet fut jadis la mère.

P.455

VI. LA LUTTE POUR SE DELIVRER DE LA MERE

. La forêt a un sens maternel, comme l'arbre. Dans la vision qui suit, la forêt constitue la scène où se déroulera la représentation dramatique de la fin de Chiwantopel. . P.455

. Chiwantopel apparaît à cheval. . il subit .. la même mort que le héros qui l'appelle « frère fidèle ». .. étonnantes ressemblance entre coursier et cavalier. .. il existe entre eux une relation intime qui les conduit au même destin. . la libido visant la mère symbolise celle-ci sous la figure du cheval. (. Hécate, déesse des enfers, est représentée avec une tête de cheval. Déméter et Philyra voulant se soustraire aux embûches de Kronos ou de Poséidon se métamorphosent en cheval .) L'image de la mère est un symbole de libido comme le cheval, et en certains points, les deux symboles se rencontrent.. C'est dans libido que se trouve le trait commun entre les deux images. . le héros et son cheval nous paraissent représenter l'idée de l'homme avec la sphère instinctuelle à lui soumise. (. Agni sur le bélier.. le Christ sur l'âne (L'ânesse et son ânon doivent provenir de l'astrologie ; car le cancer du Zodiaque (solstice d'été), était dans l'antiquité, appelé : l'âne et son petit.); Mithra sur le taureau, le lion et le serpent, ses animaux symboliques courant à côté.) Les animaux mythologiques ont toujours une grande importance parce qu'ils sont souvent anthropomorphisés . P.457

. Les légendes attribuent au cheval des caractères qui reviennent psychologiquement à l'inconscient de l'homme : les chevaux sont doués de clairvoyance et de clairoyance, ils sont des guides pour l'égaré qui ne sait se tirer d'affaire . dans l'Iliade le cheval prononce des paroles prophétisant le malheur ; ils entendent les paroles prononcées par le cadavre quand on le porte en terre. Le cheval voit aussi les fantômes : tout cela correspond à des manifestations caractéristiques de 1'inconscient. . le cheval représentant les composantes animales de l'homme, ait des rapports nombreux avec le diable. . Le succube chevauche l'homme endormi ; de même le diable ; c'est pourquoi l'on dit de ceux qui sont saisis d'un cauchemar, que le diable les chevauche. Chez les Perses, le diable est la monture de Dieu. Le diable représente aussi l'instinct sexuel : aussi apparaît-il au sabbat des sorcières sous l'aspect d'un bouc ou d'un cheval. La nature sexuelle du diable se communique aussi au cheval : ..Loki prend la forme du cheval pour procréer.. La représentation thériomorphe de l'éclair est aussi le cheval. Une hystérique.. souffrant enfant d'une violente peur de l'orage, parce qu'à l'endroit où la foudre était tombée, elle avait vu chaque fois.. un cheval noir immense qui allait jusqu'au ciel. La légende hindoue connaît le cheval noir du tonnerre de Yama, dieu des morts. (germanique) le diable, dieu des clairs, jette sur les toits le pied de cheval (éclair). .l'orage.. fécondateur de la terre, l'éclair, ou le pied de cheval, a un sens phallique. Une malade.. que son mari avait .. très brutalement contrainte au coït, rêva souvent qu'un cheval furieux sautait sur elle, lui piétinant le ventre de ses pattes de derrière. . En frappant du pied, Pégase fait jaillir une source. P.461 (bellérophon).. l'eau sortait du sabot du cheval. Le cheval de Balder fait, d'une ruade, jaillir une source. Le pied de cheval est donc le dispensateur du liquide fécondant. . Le cheval (comme l'âne) était généralement considéré comme un animal priapique. Les empreintes des sabots sont des idoles qui dispensent bénédiction et abondance. Elles fondaient la propriété et servait à établir les frontières, tout comme les priapes de l'antiquité. . Le fer à cheval, réduction du pied de cheval, est un porte-bonheur et une protection contre le mal. .. La cuisse de cheval, notamment, détournait les éclairs selon le principe : similia similibus.

A cause de leur rapidité (intensité !) les chevaux ont le sens de vent, c'est-à-dire que le tertium comparationis est encore le symbole de libido. . le vent un sauvage et lubrique coureur de filles. . Les centaures sont entre autres des dieux du vent. P.463

Les chevaux signifient feu et lumière. .. les chevaux fougueux du soleil. feu représenté par le quadrige mystique. Il a la peau brillante et il y porte tracés tous les signes des planètes et des constellations. (C'est là un motif particulier qui doit avoir en lui quelque chose de typique. Une schizophrène prétendait que ses chevaux avaient des demi lunes sous la peau.. En Chine, le I Ging aurait apporté par un cheval ayant sur son pelage les signes magiques. La peau de la déesse égyptienne du ciel, ou vache céleste, est parsemée d'étoiles. L'Aion mithriaque porte sur sa peau les signes du Zodiaque.) . Les chevaux représentent aussi les quatre éléments. La catastrophe est conflagration universelle et déluge, qui met fin à la scission du dieu en plusieurs et refait l'unité divine. (Cette transformation se fait par une catastrophe universelle. Dans la mythologie, le verdoiement et la mort de l'arbre de vie marquent ainsi le tournant dans la suite des temps).. le quadrige doit être considéré du point de vue astronomique, comme un symbole du temps. . dans le concept de temps, si étroitement apparenté à celui de destin, un autre symbole de libido. . P.465

. Le temps est aussi défini par le lever et le couche du soleil, c'est-à-dire par la mort et le renouvellement de libido, l'éveil et la disparition de la conscience. .

la libido se trouve dans la mère, c'est-à-dire dans l'inconscient où elle meurt pour renaître.

. La libido féconde autant qu'elle détruit. P.469

cf. dialogue de Cassius et Brutus de Shakespeare. la susceptibilité de Cassius.. à ce moment il s'identifie à sa mère et se comporte tout à fait comme une femme. (C'est un cas d'identité à l'anima. On sait que la mère est le premier support de l'image de l'anima.) . Un individu est infantile, parce qu'il s'est insuffisamment ou pas du tout libéré de son milieu infantile, donc de son adaptation aux parents et c'est pourquoi, en face du monde, d'une part il réagit comme un enfant en présence de ses parents, cherchant toujours à obtenir amour ou récompense sentimentale immédiate ; d'autre art, identifié à ses parents par sa liaison étroite avec eux, l'infantile se comporte comme son père et comme sa mère. Il n'est pas à même de vivre sa propre vie ni de trouver le caractère qui est le sien. . P.471

. Son comportement hystérique provient de ce qu'il est encore un « agneau », donc un enfant innocent et candide ; en ce qui concerne ses sentiments, il est encore en arrière de lui-même, comme nous le voyons souvent chez les hommes puissants en apparence et maîtres de la vie et des hommes : ils en sont au stade infantile en ce qui concerne les exigences de leur sentiment.

. Le héros Chiwantopel représente le personnage idéal projeté ici dans le masculin - .. Miss Miller voit encore en l'homme son idéal. . elle n'a pas encore subi de désillusion. Elle ne sait pas que son personnage idéal devrait être femme parce qu'ainsi il la concernerait quelque peu. L'idéal représenté par l'homme ne l'engage à rien ; il ne fait que rendre possible des exigences imaginatives. . si cet idéal était de son sexe, elle pourrait découvrir qu'elle ne lui correspond pas tout à fait. .Cette orientation vers la mort anticipe l'inévitable fin de l'illusion qui fait de l'autre l'homme idéal. Son personnage idéal se prépare, semble-t-il, à changer de place et à s'établir dans notre auteur elle-même. Ce serait un point très critique dans le cours de sa vie. En effet, quand un personnage idéal, dont l'irnportance est si grande pour la vie, se prépare à se transformer c'est tout à fait comme s'il devait mourir. Il provoque alors dans l'individu des pressentiments de mort et des sentiments de mal du siècle difficiles à comprendre parce qu'ils semblent n'avoir aucun fondement. Ces tendances.. déjà manifestées dans le chant de la mite ; . Son monde infantile veut finir pour laisser la place à la phase de l'âge adulte. La volonté de mort.. n'est souvent qu'une expression indirecte.. .. l'apogée de la vie s'exprime par le symbolisme de la mort ; car se dépasser soi-même, c'est en somme mourir. . Miss Miller, être infantile, ne puisse prendre conscience de la tâche de sa vie : elle ne peut se fixer ni but ni norme de vie dont elle se sentirait responsable. Aussi n'est-elle pas encore prête à accueillir le problème de l'amour qui exige conscience et responsabilité, vue d'ensemble et prévoyance. Il s'agit d'une décision pour la vie, et celle-ci se termine par la mort. Amour et mort ont bien des choses en commun.

Le geste fier par lequel le héros s'offre à la mort peut fort bien exprimer indirectement la recherche de la pitié d'autrui et ainsi succomber à une froide réduction. quand un geste est par trop théâtral, on est fondé à soupçonner qu'il n'est pas authentique et que par suite, quelque part, ouvre une contre volonté dont l'intention est toute différente.

. la libido entreprend une activité menaçante puisqu'un conflit se dévoile dans lequel l'une des parties menace l'autre de mort. Le héros, image idéale de la rêveuse, est disposé à mourir et ne craint pas la mort. Vu son caractère infantile, le moment serait certes venu où il devrait quitter la scène. . P.473

.Il est difficile d'être une sainte : la nature patiente et longanime supporte mal un comportement si différent et se défend à sa manière. L'opposé de la sainteté, ce sont les tentations. ces tentations peuvent aussi se dérouler inconsciemment de sorte que seuls des équivalents en parviennent à la conscience sous forme de symptômes. . « cour » rime avec « douleur ». On sait depuis longtemps qu'à la place d'une douleur morale non ressentie, c'est-à-dire refoulée, l'hystérique met la douleur corporelle. .. l'interprétation donnée par (la nonne).. repose, comme d'ordinaire, sur une projection : ce sont toujours les autres qui, en secret, disent d'elle toutes sortes de méchanceté.. Or il en va tout autrement : le renoncement à toutes les joies de la vie, cette mort lente avant la floraison, voilà ce qui, en général est douloureux, et en particulier les désirs non satisfaits et les tentatives de la nature pour briser la puissance du refoulement sans laquelle une telle différenciation serait impossible. . la rumeur assume volontiers le rôle de l'inconscient qui, adversaire habile, vise toujours les défauts réels, mais à nous inconscients, de notre cuirasse. .. P.475

. Les flèches qui font mal ne viennent pas de l'extérieur par des rumeurs qui ne peuvent attaquer que du dehors ; elles viennent de l'arrière-plan de notre propre inconscient. Ce sont nos propres désirs qui, telles des flèches, se plantent dans notre chair.

.P.477

. Les rayons sont triples, terminés en bas en pointe de flèches. Comme l'Amour, le soleil a aussi son carquois rempli de flèches destructrices ou fécondantes. (Tel Apol1on qui apporte la peste. ..) La flèche a un sens mâle. .. coutume orientale de désigner les fils courageux comme les flèches ou les javelots des parents. « Faire des flèches acérées » .. expression arabe pour dire « engendrer des fils courageux ». . La lance a une signification analogue : c'est d'elle que descendent les humains. Le frêne est mère des lances et c'est pourquoi la race des hommes d'airain descend de lui. . P.479

. Dans ce mythe (Kaineus de Pindare) encore nous retrouvons les composant typiques du mythe de la libido : bisexualité originelle, immortalité (invulnérabilité) par rentrée dans la mère ( fendre la mère avec le pied), résurrection sous forme d'âme oiseau et rétablissement de la fécondité. .

 . passage de Job.. un sens nouveau:

                                 « Il m'a posé en but à ses traits :

                                    Ses flèches volent autour de moi

                                    Il perce mes flancs sans pitié

                                    Il répand mes entrailles sur la terre.

                                    Il me fait brèche sur brèche,

                                    Il fond sur moi comme un géant. »

Là Job exprime le tourment de son âme causé par l'assaut de désirs inconscients ; la libido fouille dans sa chair ; un dieu cruel s'est emparé de lui et le transperce de traits douloureux, d'idées qui le pénètrent et le subjuguent. . même image chez Nietsche.P.481

. image de la victime divine martyrisée.. déjà rencontrée dans le supplice mexicain de la croix et dans celui d'Odin (La malade de Spielrein dit également que Dieu l'a transpercée (trois fIèches) : «  puis se produisit une résurrection de l'esprit.) même image dans le martyr de Saint Sébastien où la tendre chair virginale et florissante du jeune saint laisse deviner le renoncement. symbole chrétien du crucifix transpercé par la lance, image de l'homme torturé par ses désirs et crucifié en Jésus-Christ.

Ces tourments qui touchent l'homme ne viennent pas de l'extérieur ; il est son propre chasseur, son sacrificateur, le glaive de son sacrifice.

 Ce n'est pas du dehors que les flèches mortelles viennent blesser le héros : c'est lui-même qui se pourchasse, se combat et se martyrise. C'est en lui qu'instinct se tourne contre instinct. la flèche un symbole de libido, l'image du creusement s'éclaircit : c'est un acte d'union avec soi-même, une sorte d'autofécondation et aussi un viol de soi-même, un suicide ; aussi Zarathoustra peut-il se dire « bourreau de lui-même » (comme Odin qui se sacrifie à Odin). Il ne faut cependant pas donner à ce psychologème un aspect trop volontariste ; ce n'est pas intentionnellement que l'homme se crée de tels tourments ; ils se produisent en lui. Si l'on compte que l'inconscient est une partie de sa personnalité, il faut alors admettre qu'il sévit en effet contre lui-même. Mais dans la mesure où le symbolisme de sa souffrance est archétypique, c'est-à-dire collectif, il faut le considérer comme l'indice qu'un tel homme ne souffre plus de lui-même, mais bien plutôt de l'esprit de son temps. Il souffre d'une cause objective impersonnelle, à savoir de l'inconscient collectif qu'il possède en commun avec tous les hommes.

La blessure qu'il se fait avec sa propre flèche indique donc en premier lieu un état d'introversion. Ce qui signifie.. la libido plonge dans « sa propre profondeur » et trouve là-bas, dans l'obscurité, un substitut du monde d'en haut qu'elle a quitté : le monde des souvenirs. C'est le monde de l'enfant, cet état paradisiaque de la toute première enfance d'où nous chassa la loi du temps qui se déroule. Dans ce royaume souterrain sommeillent les sentiments du foyer, les espérances de tout ce qui devient. .

Cependant le « danger est grand ».. car la profondeur est attirante. Quand la libido quitte le lumineux monde d'en haut, soit en vertu d'une décision, ou parce que la force vitale a diminué, ou parce la destinée humaine est ainsi, elle retombe dans sa propre profondeur, à la source d'où elle jaillit jadis et retourne au point de rupture, le nombril, par où jadis elle pénétra dans ce corps. Ce point de rupture s'appelle mère, parce que c'est là que nous vint le courant vital. Si donc il s'agit d'exécuter une ouvre énorme devant laquelle l'homme recule parce qu'il doute de sa force, alors la libido reflue vers ce point de jaillissement ~ et c'est alors l'instant dangereux où il faut choisir entre anéantissement et vie nouvelle. Si la libido reste fixée au royaume merveilleux du monde intérieur, alors l'homme est devenu une ombre pour le monde d'en haut, il est comme mort ou gravement malade. Mais si la libido réussit à se libérer et à remonter vers le monde d'en haut, alors se produit un miracle : le voyage aux enfers a été pour elle une fontaine de jouvence et de la mort apparente surgit une éventuelle fécondité. . mythe hindou. Vichnou. P.487

. se métamorphosa en poisson plongea dans le flot, lutta avec le démon, le vainquit et reconquit les Védas.

Cette série primitive de pensées décrit l'entrée de la libido dans le domaine intime de l'âme, l'inconscient. Par l'introversion et la régression de la 1ibido se trouvent constellés des contenus auparavant latents. . ce sont les images primordiales, les archétypes que l'introversion de la libido a tellement enrichis de la matière individuelle des souvenirs, que la conscience peut les percevoir. Comme de telles régressions et introversions n'ont lieu qu'au moment où une nouvelle orientation et une nouvelle adaptation s'avèrent indispensables - il s'agit toujours, avec l'archétype constellé, de l'image première de la difficulté du moment. Pour si infiniment diverses que puissent paraître à notre entendement les situations changeantes, leurs possibilités cependant ne dépassent jamais les limites naturelles ; elles conservent toujours des formes se répétant plus ou moins typiquement. La structure archétypique de l'inconscient correspond à la moyenne des événements et au cours général des choses. Qu'apparaisse une situation de détresse, alors se trouve constellé dans l'inconscient un type correspondant à cette détresse. Comme celui-ci a caractère de « numen » , c'est-à-dire qu'il possède une énergie spécifique, il attire les contenus conscients, les représentations conscientes au moyen desquelles il devient perceptible, donc apte à pénétrer dans la conscience. Quand il y passe, il produit comme une illumination, une révélation ou une inspiration salutaire. . dans une situation difficile, le mécanisme de l'introversion entre artificiellement en action P.489 par des actes rituels qui marquent une préparation spirituelle, comme par exemple : usages magiques, sacrifices, invocations, prières, etc. Ces actes rituels ont pour but d'orienter la libido vers l'inconscient et ainsi de la contraindre à l'introversion. Si cette libido se rapporte à l'inconscient, c'est comme si elle se rapportait à la mère, et contre cela se dresse le tabou. Mais comme l'inconscient est une grandeur au-delà de la mère, qui ne fait que le symboliser, l'angoisse incestueuse devrait, en fait, être surmontée pour qu'on atteigne les contenus salutaires (« trésor difficile à atteindre »). . La mère représente l'inconscient ; alors la tendance à l'inceste, surtout quand elle apparaît comme désir de la mère (Ishtar et Gilgamesh) ou de l'anima (Chrysé et Philoctète ) représente une exigence de l'inconscient qui veut qu'on tienne compte de lui. Son refus d'ordinaire a des conséquences peu favorables : si l'on n'y prend garde, ses forces instinctives entrent dans l'opposition, ce qui veut dire que Chrysé se métamorphose en un serpent venimeux.

Plus l'attitude de la conscience par rapport à l'inconscient est faite de refus, plus ce dernier devient dangereux. . Philoctète ..est mordu au pied par un serpent venimeux. A partir de ce moment, il dépérit (Comparable au roi du Graal qui garde le vase, symbole de la mère, le mythe de Philoctète est emprunté à une longue série .. Héraclès a deux mères, la secourable Alcmène et Héra, la persécutrice, au sein de qui il a bu l'immortalité. Héraclès réussit à vaincre les serpents d'Héra, alors qu'il est encore au berceau, c'est-à-dire : il se libère de l'inconscient. Mais Héra lui envoie de temps en temps des accès de folie, durant l'un desquels il tue ses enfants. . Selon une tradition, l'acte se produit au moment où Héraclès refuse d'exécuter la grande ouvre pour le service d'Eurystée. Par suite de ce recul, la libido prête pour ce travail régresse vers l'imago maternelle inconsciente ; la conséquence en est la folie. Dans cet état Héraclès s'identifie à Lamia, et tue ses enfants. L'Oracle delphique lui fait savoir qu'il s'appelle « Heraclès » parce qu'il doit à Héra sa renommée immortelle, puisque c'est sa persécution qui le contraint à ses grands travaux. On comprend le sens de ce grand travail : surmonter la mère et ainsi parvenir à l'immortalité. Son arme caractéristique, la massue, il l'a taillée dans l'olivier maternel. . le lion de Némée.. le combat contre l'hydre.. et ses autres travaux héroiques qui tous sont des mauvais tours que lui joue Héra. Ils représentent tous sans exception, la lutte contre l'inconscient. A la fin de sa carrière cependant.. il devient l'esclave d'Omphale (nombril) ce qui veut dire qu'il lui faut encore se soumettre à l'inconscient.) P.491

. blessure tout à fait typique qui détruit aussi Rê.

Le serpent rend visible l'influence (numen) sinistre de la « mère » (et d'autres daimonia), qui tue, mais représente aussi la seule possibilité de protéger quelqu'un de la mort, puisqu'elle est aussi la source de vie. Par suite seule la mère peut guérir celui qui est blessé à mort. . P.495

 . Le ver venimeux est une forme de libido qui tue au lieu de faire vivre. . « âme ou force magique » (= libido). Ce qu'Isis demande, c'est le transfert e la libido sur la mère. .

. La libido qui tend vers l'avant, qui domine la conscience du fils exige la séparation d'avec la mère ; mais l'aspiration de l'enfant à la mère dresse sur sa route un obstacle sous la forme d'une résistance psychique, qui.. s'exprime dans la névrose par toutes sortes d'appréhensions, autrement dit par la peur de vivre. Plus l'homme s'écarte du travail d'adaptation, plus son angoisse grandit : elle l'accable partout et de plus en plus en lui opposant des obstacles. La peur du monde et des hommes, en vertu circulus vitiosus, provoque un recul encore accru qui ramène à l'infantilisme et « dans la mère ». Généralement on en projette la raison à l'extérieur, sur les événements du dehors, ou l'on en rend les parents responsables. II revient en effet à mesurer combien de responsabilité revient à la mère dans le cas d'un fils qu'elle ne veut pas laisser aller. Il tentera bien de s'expliquer en invoquant la conduite fautive de sa mère, mais il préfère renoncer à ces vains efforts et accuser sa mère ( ou son père) pour s'illusionner lui-même sur son incapacité.

La peur de la vie n'est pas un fantôme imaginaire, mais une panique très réelle qui ne paraît si démesurée que parce que sa source véritable est inconsciente et par conséquent projetée. La perte de la jeune personnalité que l'on empêche de vivre et retient en arrière crée l'angoisse et se métamorphose en angoisse. Cette angoisse paraît provenir de la mère ; en réalité il s'agit de la peur de mourir qu'éprouve l'homme instinctif inconscient, qu'un recul continuel devant la réalité a exclu de la vie. Si l'on considère que la mère est un obstacle, elle se transforme .. en une perfide persécutrice. . Il s'agit bien plutôt de l'imago maternelle qui se transforme en Lamia. Or l'imago maternelle représente l'inconscient ; c'est tout autant pour lui une nécessité vitale d'être rattaché à la conscience que c'en est une pour cette dernière de ne pas perdre sa relation avec l'inconscient. Chez l'homme rien ne met plus en danger cette relation qu'une vie remplie de succès où il oublie cette dépendance de l'inconscient. cf. Gilgamesh.. en présence de ses succès, les dieux, représentants de l'inconscient, se croient obligés de tenir conseil pour savoir comment ils pourraient provoquer la chute de Gilgamesh. .

La prétention de l'inconscient agit d'abord comme un poison paralysant sur la force active et l'esprit d'entreprise ; sans doute est-ce pour cela qu'on peut la comparer à la morsure d'un serpent venimeux. I1 semble que ce soit un ennemi démoniaque qui ravisse la force active ; mais en réalité, c'est l'inconscient lui-même dont la tendance différemment orientée se met à entraver le progrès conscient. La cause de ce processus est souvent fort obscure, et d'autant plus qu'elle se complique de toutes sortes de circonstances, conditions et causes secondaires, P.497 par exemple de pénibles tâches extérieures, de désillusions, insuccès, etc., avec diminution de la capacité de travail par suite de l'âge, de pénibles situations de famille, qui déclenchent.. des dépressions. Or, selon le mythe ce serait la femme qui, en secret, paralyserait l'homme, la femme dont il n'est plus capable de se libérer et auprès de laquelle il redevient enfant. . Isis, sour-épouse du dieu solaire, crée l'animal venimeux avec la salive du dieu, qui a une signification magique, comme toutes les sécrétion du corps ( = libido). Elle crée l'animal avec la libido du dieu et c'est ainsi qu'elle l'affaiblit et le met sous sa dépendance. Dalila agit de la même manière lorsqu'elle coupe les cheveux de Samson, donc les rayon solaires, privant ainsi le héros de sa force. Cette femme démoniaque du mythe est en réalité la « soeur-épouse-mère », le féminin en l'homme qui s'annonce de façon inattendue dans 1a deuxième moitié de 1a vie et tente de provoquer une certaine transformation de la personnalité. . Il s'agit d'une féminisation partielle de l'homme et d'une masculinisation de la femme. Cette transformation se produit souvent dans des circonstances très dramatiques, parce que la puissance de l'homme, son principe du « Logos », se tourne contre lui et, pourrait-on dire, le trahit. I1 en est de même de 1'« Eros » de la femme, qui lui correspond. Le premier se durcit et se raidit de la façon la plus dangereuse dans l'attitude qu'il avait jusqu'alors. Le second reste suspendu à ses attaches affectives, oubliant de développer entendement et raison, que vient remplacer 1'« animus », c'est-à-dire des opinions aussi capricieuses que sans valeur. Le processus de fossilisation de l'homme s'entoure, par suite d'humeurs, de sensiblerie ridicule, de sentiments de méfiance et de ressentiments qui prétendent justifier ce raidissement. . P.499

La paralysie de l'énergie progressive présente, en effet, des aspects très désagréables. Elle survient comme un hasard malencontreux, ou même comme une catastrophe.. Le plus souvent la personnalité consciente se dresse contre le coup de l'inconscient et combat contre ses exigences qui, on le sent nettement, se tournent non seulement contre les points faibles du caractère mâle, mais menacent aussi la « vertu principale» (la fonction différenciée et l'idéal). On voit d'après les mythes d'Héraclès et de Gilgamesh que l'attaque de l'inconscient devient précisément la source où le combat héroïque puise sa force ; cela est tellement net que l'on est obligé de se demander si l'apparente inimitié de l'archétype maternel ne serait pas justement une ruse de la mater natura pour exciter son enfant préféré à réaliser ses travaux sublimes. La persécutrice Héra jouerait donc le rôle de la sévère « âme maîtresse », qui accable son héros des œuvres les plus pénibles en le menaçant de mort s'il ne s'élève pas jusqu'aux actions les plus nobles et ne devient ce qu'il fut toujours in potentia. (la femme continue à faire de même avec l'homme) La victoire que remporte le héros sur la mère et son substitut démoniaque (Dragon, etc.) est toujours provisoire. Ce qui doit passer aux yeux de l'homme jeune pour une régression, à savoir la féminité de l'homme (identité partielle à la mère) et la masculinité de la femme (identité partielle au père) prend un sens tout différent dans la deuxième moitié de la vie. L'assimilation de la tendance du sexe opposé devient une tâche qu'il faut résoudre pour maintenir la libido en progression. Cette tâche consiste à intégrer l'inconscient, c'est-à-dire faire la synthèse du « conscient» et de l' « inconscient » . processus d'individuation . A ce stade, le symbole maternel ne remonte plus en arrière vers les commencements ; il va vers l'inconscient en tant que matrice créatrice de l'avenir. « Rentrer dans la mère» signifie alors : établir une relation entre le moi et l'inconscient.

Celui qui s'enfonce en lui-même est comme enfoui dans la terre ; c'est un mort en quelque sorte qui est retourné dans la terre maternelle ; c'est un homme qui porte en gémissant le lourd fardeau de son soi et de son destin. P.501. Mithra qui prend sur son dos, fardeau écrasant, son taureau.. ( «taureau de sa mère »), autrement dit son amour pour sa mater natura et entreprend ainsi la marche douloureuse, le transitus.. Ce chemin de passion conduit à la grotte où l'on sacrifie le taureau. De même Jésus doit porter sa croix jusqu'au lieu du sacrifice. La croix, ou lourd fardeau, que porte toujours le héros, c'est lui-même, ou plus exactement, son soi, sa totalité, dieu autant qu'animal, non seu1ement homme empirique, mais la plénitude de son être qui prend racine dans la nature animale et, dépassant ce qui est seulement humain, s'élève jusqu'à la divinité. Sa totalité indique une immense opposition qui apparaît unie en elle-même, comme la croix. P.503

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Le sacrifice, dont nous pressentons plus que nous comprenons le sens secret et universel, passe d'abord incomplet devant la conscience de notre auteur. La flèche ne part pas, le héros Chiwantopel n'est pas empoisonné, ni prêt à se sacrifier lui-même. .. ce sacrifice signifie vraisemblablement abandon de l'attachement à la mère, c'est-à-dire renoncement à tous les liens et toutes les limitations que l'âme a emportés de l'enfance jusqu'à l'âge adulte. . Il n'est pas sans un certain danger pour la santé morale que l'on vit trop longtemps dans le milieu infantile ou bien dans le sein de la famille. La vie appelle l'homme au dehors, à l'indépendance et quiconque, par commodité ou crainte infantile, n'obéit pas à cet appel est menacé de névrose. Une fois que celle-ci a éclaté, elle deviendra progressivement une raison plus que suffisante pour fuir le combat de la vie et rester à jamais embourbé dans la prison morale de l'atmosphère infantile. 

Si ce geste de l'offrande personnelle est attribué ici à une figure d'homme, cela prouve, précisément, que notre rêveuse n'a pas encore conscience de cette nécessité du destin. Chiwantopel, en effet, est une figure typique de l' « animus », c'est-à-dire une personnification de ce qu'il y a de mâle dans l'âme féminine. C'est une figure archétypique qui s'anime surtout lorsque, pour des raisons obscures, la conscience ne peut plus suivre les sentiments et les instincts provenant de 1'inconscient : au lieu et place de 1'amour et de 1'abandon, apparaissent masculinité, humeur querelleuse, affirmation entêtée de soi-même et le démon de l'opinion aux formes extrêmement variées. (Puissance au lieu d'amour !) L'animus n'est pas un homme réel, mais un héros infantile quelque peu hystérique, dont les défauts de la cuirasse laissent transparaître le désir d'être aimé. P.505

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Si l'assassin se laisse influencer par le geste héroïque de Chiwantopel, c'est que la fin, déjà décidée, de ce héros de substitution, est remise à plus tard, autrement dit que la conscience n'est pas encore prête à prendre une décision personnelle, mais préfère l'inconscience puisque, sans le savoir, elle pratique la politique de l'autruche. Chiwantopel doit mourir pour que la puissance de décision, encore déchaînée dans l'inconscient qui soutient pour le moment le personnage sans force du héros, puisse profiter à la conscience ; car sans la coopération de l'inconscient et de ses forces instinctives, la personnalité consciente serait trop faible pour s'arracher au passé infantile et, d'autre part pour oser s'aventurer dans un monde étranger avec ses possibilités incommensurables. La libido toute entière est indispensable dans la lutte de la vie. .

P.670 Le bris du sceptr désigne donc le sacrifice de la puissance antérieure, c'est-à-dire de l'abandon d'une orientation déterminée de la libido organisée.

Dans la profondeur demeure la sagesse, la sagesse de la mère ; quand on est uni à elle, l'esprit pressent des choses plus profondes, des images et des forces primordiales qui gisent au fond de tout ce qui vit et en forment la matrice nourricière, conservatrice et créatrice. . P.671

. ce que le poète aperçoit dans la profondeur volcanique, c'est « l'esprit » comme il fut toujours, donc la totalité des formes premières d'où surgissent les images archétypiques. Dans ce monde de l'inconscient collectif c'est un type .. qui a l'importance principale et qui s'exprime par le personnage du héros divin .. correspond en occident le Christ.

... jadis Gilgamesh rapportant l'herbe magique du bienheureux pays d'Orient fut dépouillé de son butin par le serpent démoniaque, de même .. à sa descente vers les ombres ne succédera nulle résurrection dans ce monde-ci .

.. compris trop tard qu'il faut sacrifier cette nostalgie régressive qui seule pourrait ramener l'enfance avec sa vague félicité et sa facilité, avant que les « bienheureux » nous « arrachent » les sacrifices avec lesquels ils emportent l'homme tout entier.

. c'est un sage conseil que donne à notre auteur son inconscient de faire mourir son héros, car il n'était guère plus que la personnification d'une rêverie infantile régressive, qui ne manifestait pas l'intention, ni n'avait la force, de puiser dans la mer primitive de l'inconscient une autre direction, remplaçant son éloignement du monde, ce qui aurait été une véritable action héroïque. Ce sacrifice ne se fait que par un abandon total à la vie ; alors toute la libido enfermée dans les liens familiaux doit sortir du cercle étroit pour se porter vers un plus vaste ; car il est indispensable, pour le bien-être de l'individu, qu'après avoir été dans son enfance une parcelle qui suit le mouvement d'un système rotatif, maintenant qu'il est adulte, il devienne lui-même le centre d'un nouveau système. (cf. dessin de Jean Marc S.) Un tel pas en avant implique de toute évidence, que l'on tienne compte de la solution ou .. de la considération du problème érotique, car autrement la libido non utilisée reste absolument enserrée dans le rapport endogame inconscient avec les parents, privant dans des domaines essentiels l'individu de sa liberté. . la doctrine du Christ voulait séparer l'homme de sa famille . but : libérer l'homme de son attachement à sa famille, qui n'est pas plus haute intelligence, mais bien mollesse et dépendance du sentiment infantile. Car si on laisse faire la libido fixée au milieu de l'enfance au lieu de la libérer en vue de buts plus nobles, alors on reste sous l'influence de la contrainte inconsciente. L'inconscient crée toujours à nouveau, où qu'il se trouve, le milieu infantile, par projection des complexes, et ainsi continuellement se rétablit, à l'encontre de son intérêt vital, la même dépendance, le même enchaînement qui caractérisaient les rapports avec les parents. L'individu n'a pas sa destinée dans sa main. . cet état.., contrainte des étoiles du destin à laquelle succombent tous ceux « qui n'ont pas été délivrés ». La libido qui reste ainsi prisonnière dans sa forme la plus primitive, maintient l'homme à un stade d'une profondeur correspondante, celui où les affects ne sont point dominés et où l'on est livré à eux. P.673 . situation psychologique de la fin de l'antiquité ; le sauveur et médecin de cette époque était celui qui cherchait à libérer l'homme de cette heimarménè. (.. c'était le but vers lequel tendaient tous les mystères. Ils créaient des symboles de mort et de renaissance. .)

. le problème du sacrifice, problème individuel . mais.. pour l'humanité.. problème général.. Car les symboles - le serpent qui tue le cheval et le héros qui se sacrifie volontairement - sont des figures de mythes jaillissant de l'inconscient.

. le sacrifice de la libido aspirant au retour vers le passé est à l'origine de la création du monde. Pour qui regarde en arrière, le monde et même le ciel étoilé, c'est encore la mère penchée sur lui et l'enveloppant de tous côtés. Et c'est du renoncement cette image et à la nostalgie que l'on en a que provien1 l'image du monde correspondant à la connaissance moderne. . signification du sacrifice cosmique. . la mise à mort de Tiâmat. etc. . P.675

Le Rig Veda..  Le Purusha (homme ou humain) est l'être premier. Ame universelle qui enveloppe tout, Purusha a aussi un caractère maternel. Être premier, il représente un état psychique originel ; il est en même temps ce qui enveloppe et ce qui est enveloppé, mère et enfant pas encore né, état indiscriminé inconscient. En tant que tel il faut qu'il soit terminé et comme il est en même temps objet de nostalgie régressive, il doit être sacrifié pour que puissent naître aussi des êtres distincts, autrement des contenus de conscience. .

. cosmogonie psychique. Le monde apparaît quand l'homme le découvre. Or il ne le découvre qu'au moment où il sacrifie son enveloppement dans la mère originelle, autrement dit l'état inconscient du commencement. Ce qui le pousse à cette découverte, Freud l'a considéré comme « barrière de l'inceste ». L'interdiction de l'inceste s'oppose à l'aspiration de l'enfant vers sa mère et contraint la libido dans la voie qui conduit aux fins biologiques. La libido détournée de la mère par la barrière de l'inceste cherche un objet sexuel pour remplacer la mère tabou. . P. 677

. le plaisir peut provenir de sources diverses. .. l'instinct de nutrition .. tout autre chose que l'instinct sexuel, indépendamment de ce qu'un stade sexuel ultérieur peut faire de ces premières activités. Le baiser, par exemple, provient bien plutôt de l'acte de nutrition que de la sexualité. . Il ne s'agissait nullement d'empêcher l'inceste, mais de prévenir le danger social de l'endogamie par le moyen du « cross-cousin-mariage ». Le mariage typique avec la fille de l'oncle maternel se trouve précisément réalisé avec la libido qui aurait pu se fixer sur la mère ou sur la sour. (Cf. Angie T.)

. le langage parabolique de la régression se transforme, quand on remonte plus loin en arrière, en métaphores de nutrition et de digestion. Le soi-disant complexe d'Odipe .. se métamorphose à ce stade en complexe Jonas-baleine, avec ses nombreuses variantes, comme par exemple la sorcière qui dévore les petits enfants, le loup, le dragon, l'ogre, etc. P.681 L'angoisse de l'inceste devient peur d'être dévoré par la mère ( la libido en régression se désexua1ise .. parce que peu à peu elle recule vers des stades présexuels de la première enfance. Elle ne s'y arrête même pas ; elle remonte jusqu'à un état intra-utérin prénatal (ce qu'il ne faut pas prendre au pied de la lettre !) passant ainsi de la sphère de la psychologie personnelle à celle de la psyché collective : autrement dit, Jonas voit dans le ventre de la baleine les mystères, c'est-à-dire les « représentations collectives ».

La libido arrive ainsi en quelque sorte à un état primitif où, comme Thésée (cf. rêve fille de Jupiter et Poséidon) et Pirithoos lors de leur voyage aux enfers, elle peut se fixer fortement. Mais elle peut aussi se libérer de l'embrassement maternel et rapporter à la surface une nouvelle possibilité de vie.

En réalité, ce qui se produit dans la fantaisie de l'inceste et du sein maternel, c'est une plongée de la libido dans l'inconscient au cours de laquelle d'une part elle provoque des réactions infantiles personnelles, affects, opinions et attitudes et d'autre part, anime les images collectives (archétypes) qui ont la valeur de compensation et de salut que le mythe a eue de tout temps. La théorie des névroses de Freud convient .. à leurs traits essentiels. . De là naît l'apparence (.. si aisément acceptée par les névrosés) que la causa efficients des névroses se trouve dans le passé lointain. En réalité, la névrose se fabrique à nouveau au jour le jour en vertu d'une fausse attitude qui consiste précisément en ce que le névrosé pense et sent comme il le fait et justifie son attitude par sa théorie des névroses.

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Par le sacrifice on atteint une plénitude de puissance qui touche à la puissance des dieux. (donc pas pour ce monde) De même que le monde naquit par le sacrifice, par le renoncement à la liaison personnelle à l'enfance, de même, selon les Upanishads, se produisit le nouvel état des hommes.. d'immortalité. On atteint ce nouvel état après l'existence humaine, par un nouveau sacrifice, le sacrifice du cheval qui a une importance cosmique. . P.683

. le cheval de sacrifice désigne le renoncement à l'univers. Le sacrifice du coursier c'est en quelque sorte le sacrifice et les destructions de l'univers . Dans le texte.. le coursier est placé entre deux coupes de sacrifice ; il vient de l'une et va vers l'autre, comme le soleil va du matin jusqu'au soir. Le cheval étant pour l'homme monture et bête de somme et l'homme mesurant même l'énergie en chevaux-vapeur, cet animal représente une masse d'énergie dont il dispose. Il représente la libido introduite dans le monde. . la libido attachée à la mère doit être sacrifiée pour produire le monde; ici c'est le monde qui disparaît par le sacrifice renouvelé de cette même libido qui appartenait d'abord à la mère et pénétra ensuite dans le monde. . C'est donc uniquement par le sacrifice du cheval que peut se produire une phase d'introversion égalant celle qui précéda la création du monde. La position du cheval entre les deux coupes représentant la mère qui enfante et celle qui engloutit, rappelle l'image de la vie enfermée dans l'ouf.. P.685

. Dans le drame de Miss Miller, c'est le cheval, frère animal du héros, qui tombe le premier. Ce sacrifice de la vie rappelle toute la catégorie des sacrifices mythologiques d'animaux. .. Le sacrifice de l'animal, là où il a perdu sa signification primitive de simple offrande, pour prendre un sens.. plus noble, est toujours en étroite relation avec le héros ou la divinité. L'animal tient la place du dieu lui-même. L'immolation de l'animal signifie immolation de la nature animale, c'est-à-dire de la libido instinctuelle. . légende d'Attis. . Rendu furieux par cette mère qui répand la folie et qui est amoureuse de lui, il se châtre lui-même, précisément sous un pin. Tous les ans.. on couronne un pin où l'on suspend une statue d'Attis ; puis on l'abat. Cybèle prend alors ce pin, l'emporte dans sa grotte et le pleure. Dans cet enchaînement, il est évident que l'arbre représente le fils - selon une autre version, Attis fut métamorphosé en pin - que Cybèle, sa mère, reprend dans sa grotte, ce qui veut dire : dans son sein maternel. P.687

Or l'arbre a aussi un sens maternel puisque l'acte de suspendre le fils ou sa statue à l'arbre indique la réunion du fils et de la mère. . « On est attaché à sa mère ». L'abattage du pin correspond à l'émasculation qu'i1 rappelle. Dans ce cas l'arbre aurait plutôt un sens phallique.

Mais comme l'arbre désigne en premier lieu la mère, son abattage aurait plutôt la signification d'une immolation de la mère. Ces enchevêtrements et croisements de sens de sens difficiles à débrouiller peuvent s'expliquer en une certaine mesure si on les réduit à un même dénominateur : .. la libido : le fils personnifie la nostalgie de la mère .. La mère personnifie l'amour (incestueux) pour le fils. L'arbre personnifie d'une part, la mère et d'autre part, le phallus du fils.

Le membrum virile représente, pour sa part, la libido du fils. L'abattage du pin, ou l'émasculation, signifie : sacrifice de cette libido qui cherche l'inopportun aussi bien que l'impossible. Le mythe décrit donc . le destin d'une régression de libido qui se déroule essentiellement dans l'inconscient. En même temps apparaissent dans la conscience, comme en un rêve, les dramatis personae qui, dans leur essence, sont des illustrations des courants et tendances de la libido. L'agent décisif de toutes ces figures, c'est la libido qui maintient si étroitement ensemble leurs configurations grâce à son unité, à elle, libido, que certains attributs ou activités peuvent aisément passer d'une figure à l'autre ; ce qui ne crée aucune difficulté pour la compréhension intuitive, mais en crée d'infinies pour l'explication logique.

L'impulsion au sacrifice part dans notre cas de la mère.. qui rend fou le fils et le contraint ainsi à se mutiler lui-même. Etre premier, la mère représente l'inconscient opposé au conscient. Le mythe dit donc que l'impulsion au sacrifice a pour point de départ l'inconscient. . la régression est contraire à la vie et trouble les fondements instinctifs de la personnalité et .. par la suite, il se produit une réaction compensatrice de cette dernière, sous la forme d'une violente oppression et élimination de la tendance incompatible. Il s'agit là d'un processus naturel, inconscient, auquel le moi conscient est le plus souvent livré passivement en ce sens que, normalement, il ne perçoit pas le mouvement de la libido et par conséquent ne suit pas le mouvement de la conscience. . P.689

La métamorphose en pin a la valeur d'un ensevelissement en la mère, analogue à celui d'Osiris enveloppé par la bruyère. . arbre et statue ont joué un rôle dans les cultes d'Isis et d'Osiris ainsi que dans celui le la vierge Perséphone .P.691

. Penthée curieux d'épier les orgies des Ménades, grimpe sur un pin ; mais sa mère l'a aperçu ; les Ménades abattent l'arbre et Pentheus, qu'elles ont pris pour un animal, succombe à leur fureur. nous retrouvons le sens phallique de l'arbre (abattre = émasculer), sa nature maternelle (l'arbre porte Pentheus) et son identité au fils (abattre = mise à mort de Pentheus) ; en même temps, on aperçoit ici la réplique complémentaire de la Pieta, mère terrible. . Les prêtres du culte d'Attis-Cybèle étaient des castrats (Pour les processions, ils portaient des vêtements de femme.) .. L'archigallos s'appelait Atys (Attis). (En Bithynie, Attis s'appelait papa ; pape) . ans les cultes d'Asie Mineure de cette déesse mère, on vénérait le poisson et .. il était interdit aux prêtres d'en manger. .. le fils d'Atargatis identique à Cybèle s'appelait Ichthys.) Pour remplacer la castration annuelle, les prêtres se bornaient à s'égratigner les bras jusqu'au sang. (Bras au lieu de phallus, « déboîter le bras ».) 

. symbolique analogue du sacrifice des tendances dans la religion de Mithra, où la capture et le domptage du taureau constituent des parties essentielles du mystère. Gayomart . XXX libra est ce qu'on appelle le domicile positif de Vénus ; le principe du mal vint donc sous le règne de la déesse de l'amour qui personnifie l'aspect érotique de la mère. . aspect.. psychiquement très dangereux, la catastrophe classique menace de tomber sur le fils. Cette constellation eut pour effet que Gayomart et son bouf moururent au bout de trente ans. (Les épreuves de Zarathoustra durent aussi jusqu'à sa trentième année. ) Du bouf mort naquirent cinquante-cinq espèces de céréales, douze espèces de plantes. La semence du taureau vint dans la lune pour purification, mais celle de Gayomart alla dans le soleil. Cette circonstance semble indiquer que le taureau a une signification féminine cachée. P. 693

. l'âme du taureau. L'anima du taureau semble donc être décidément féminine. Dans l'astrologie, le Taurus est aussi un domicilium Veneris. Le mythe de Gayomart répète donc sous une autre forme la représentation primordiale de la divinité homme - femme s'unissant et se réenfantant dans un cycle fermé.

Comme le taureau sacrifié, le feu aussi, .. , est, en Chine, de nature femelle. « L'esprit du foyer s'appelle Ki. Il est vêtu de rouge clair comme le feu et doit être regardé comme une jolie et aimable jeune femme.» . « Le bois est consumé dans les flammes pour l'esprit Au. Ce sacrifice en faveur de Au est fait pour de vieilles femmes (mortes). » Ces esprits du foyer et du feu sont les âmes des cuisiniers disparus et c'est pourquoi on les appelle « vieilles femmes ». Le dieu de la cuisine se dégage de cette tradition prébouddhique ; plus tard il devint ( de sexe masculin) le seigneur de la famille, le médiateur entre la famille et dieu. Ainsi le vieil esprit féminin du feu devint une sorte de logos médiateur. . P.695

. chez Zagreus.. le taureau se confond avec le dieu et que par suite le sacrifice du taureau est un sacrifice du dieu. L'animal n'est en quelque sorte qu'une partie du héros ; il ne sacrifie que son animal, donc n'abandonne symboliquement que son instinctivité. La participation intime à l'acte de sacrifice se traduit sur le visage douloureusement extatique de Mithra tuant le taureau. Il le fait vo1ontairernent et involontairement d'où 1'expression pathétique particulière. . P.697

. expression analogue à celle que nous connaissons bien chez nos malades : celle des résignés sentimentaux. . l'évolution spirituelle.. après J.C. marcha de pair avec une.. extraordinaire libération ou déclenchement du sentiment. Cela se manifesta, non seulement dans les hautes formes de la caritas et de l' amor divinus, mais aussi dans les traits sentimentaux et infantiles. C'est ici que se rattache avant tout l'allégorie de l'agneau.

La sentimentalité est sour de la brutalité, et .. elles ne sont jamais bien éloignées l'une de l'autre. L'expression morbide du visage rappelle le manque d'unité et la scission du sacrificateur : il veut et ne veut pas. Ce conflit exprime que le héros est en même temps sacrificateur et sacrifié. Cependant Mithra ne sacrifie que sa nature animale, c'est-à-dire son instinctivité.

. la libido constructive de formes religieuses retourne en dernier lieu vers la mère et représente par conséquent le lien par lequel nous sommes liés à nos origines. . cf. religio de religare. la libido en régression se dissimule en des symboles nombreux et très divers, qu'ils soient de nature mâle ou femelle ; les différences sexuelles elles-mêmes sont .. de nature secondaire. P. 699

Substance et force motivante du drame du sacrifice consistent en une métamorphose énergétique consciente, dont le moi prend conscience un peu comme les marins d'une éruption volcanique sous-marine. .

. les personnages du drame mythique possèdent des qualités interchangeables parce qu'ils n'ont pas la même signification essentielle que les figures du monde physique. Le cas échéant, ces dernières vivent une tragédie réelle, les premiers ne font que la représenter et sur la scène subjective d'une conscience introspective. . L'essentiel du drame mythique ce n'est pas le concrétisme des personnages, autrement dit, il importe peu que soit sacrifié tel ou te1 animal ou représenté tel ou tel dieu ; l'important, c'est uniquement qu'un sacrifice ait lieu, c'est-à-dire que se produise dans l'inconscient un processus de métamorphose dont la dynamique, dont les contenus et le sujet sont en eux-mêmes inconscients, mais se révèlent lentement à la conscience parce qu'ils stimulent le matériel représentatif à sa disposition et s'en revêtent n quelque sorte comme des danseurs de peaux de bêtes t les prêtres de la peau des hommes sacrifiés.

. processus mystérieux qui se déroule derrière la scène où se joue le mystère et où, laissant derrière nous le monde coloré du théâtre, nous inférons une réalité de dynamisme et de signification psychiques impossible à réduire davantage. . les processus inconscients .. sont .. des grandeurs autonomes. Ainsi toute tentative pour déduire l'inconscient du conscient devient vaine.., stérile jeu intellectuel.. Comment savent-ils donc si exactement que l'inconscient est « au-dessous » ou « au-dessus » du conscient ? La seule chose certaine dans cette terminologie, c'est que la conscience s'imagine être au-dessus, plus haute que les dieux eux-mêmes. Peut-être, nous voulons l'espérer, aura-t-elle un jour peur de sa « ressemblance aux dieux ».

Le sacrifice annuel d'une vierge au dragon représente sans doute le cas idéal d'un sacrifice sur le plan mythologique. Pour apaiser la colère de la mère terrible, on immolait la plus belle jeune fille comme symbole de sa convoitise. Comme formes mitigées, nous avons le sacrifice du premier né et de divers animaux domestiques précieux. Second cas idéal : nous avons l'autocastration au service de la mère ; la circoncision en est la forme adoucie. Dans ce cas on sacrifie au moins une partie, ce qui correspond au remplacement de la victime par un acte symbolique. (cf. « fiancé sanglant de la mère ».) Par ces sacrifices dont les objets sont des biens désirés et estimés, on abandonne le désir instinctif, la libido, pour la retrouver sous une forme renouvelée.  Par le sacrifice on rachète l'angoisse de la mort et l'on se concilie l'hadès aux aguets du sacrifice. .. P.701

.. le héros depuis les temps anciens surmonte tout mal et la mort dans ses actions ; il est devenu personnage divin essentiel ; il se transforme en prêtre qui se sacrifie lui-même et recrée la vie. (cf.Visions de Zosime) Or comme il est une figure divine et que son sacrifice est un mystère qui dépasse le monde, et dont l'importance surpasse de beaucoup celle d'une offrande ordinaire, cet approfondissement de la symbolique du sacrifice a repris par régression l'idée du sacrifice humain parce qu'il lui fallait une expression plus forte et plus totale pour traduire l'idée du sacrifice de soi. . Dans le christianisme, c'est le héros lui-même qui se sacrifie de son plein gré. (oui non pour le plein gré !) Sur des monuments du culte mithriaque, nous rencontrons souvent un étrange symbole : un cratère (vase à mélange) entouré d'un serpent, avec, à côté, un lion placé face au serpent . On a l'impression qu'ils se disputent le cratère. Celui-ci symbolise le vase maternel de renaissance, le serpent, angoisse résistance, (cf. Catherine D.) et le lion, le désir le plus violent. (cf. Jeanine B.) Le serpent est toujours présent au sacrifice mithriaque du taureau et se met en mouvement vers le sang qui coule de la blessure. Il semble en ressortir que la vie du taureau (le sang) coule en quelque sorte vers le serpent, ce qui veut dire que c'est une offrande aux dieux inférieurs, analogue aux ombres buvant du sang dans le Necye d'Ulysse.

. Le taureau symbolise le héros vivant, tandis que le serpent représente le héros mort, enterré ou chronique. Comme dans l'état de mort il se trouve dans la mère, le serpent représente également la mère dévorante. L'union du sang du taureau avec le serpent semble une sorte d'union des opposés. Lion et serpent luttant pour le cratère pourraient avoir une signification analogue. .

. l'idée que la force vitale s'use, qu'elle devient mauvaise, ou se perd et que pour cette raison il faut à certains intervalles la renouveler. Chaque fois qu'a lieu un tel « abaissement », il faut accomplir le rite du renouvellement de la vie. Ces rites sont d'une infinie variété. . on y peut reconnaître leur sens premier de renouvellement de la vie. Ainsi la mise à mort du taureau mithriaque signifie sacrifice à la mère terrible, donc à l'inconscient qui a spontanément attiré à lui l'énergie de la conscience, parce que celle-ci s'éloignait par trop de ses origines, qu'elle oubliait la puissance des dieux sans lesquels toute vie se dessèche ou se perd dans des développements pervers qui aboutissent à une catastrophe. Dans le sacrifice, la conscience renonce à la possession et puissance au bénéfice de l'inconscient. Ainsi devient possible une union des contraires qui a pour conséquence un déclenchement d'énergie. L'acte du sacrifice a en même temps le sens d'une fécondation de la mère ; P.703 le démon serpent chtonique boit le sang, autrement dit, l'âme du héros. De cette façon la vie est conservée immortelle, car tel le soleil, le héros se réengendre par le sacrifice qu'il fait de soi et par sa rentrée dans la mère. . le Christ est suspendu à l'arbre de vie (La fin de Prométhée est une mort sacrificielle analogue. Il est enchaîné au rocher .. Il reçoit comme punition ce que le Christ prend volontairement sur soi. Le destin de Prométhée rappelle l'infortune de Thésée et Pirithoos qui restent suspendus au rocher de la mère chtonique. . Jupiter ordonne à Prométhée, après l'avoir délivré, de porter une couronne de saule et une bague de fer, ce qui représentait symboliquement sa servitude, son assujettissement. . la couronne de Prométhée à la couronne d'épine du Christ. Les dévots la portent également en l'honneur de Prométhée pour représenter l'assujettissement. Sous ce rapport, la couronne a donc la même signification que la bague de fiançailles. Ce sont des prisonniers du dieu.) et au bois du martyre, à l'Exattt et mère ; et c'est ainsi qu'il rachète la création et la délivre de la mort. En retournant dans le sein de la mère, il rachète dans la mort , (Le coup de lance de Longin remplace le coup de poignard lu sacrifice du taureau de Mithra. 0n enfonce à travers la poitrine de Prométhée enchaîné et sacrifié la dent acérée d'un coin d'airain. Odin et Huitzilopochtli sont percés d'une lance, Adonis est tué par une dent de sanglier.) ce que le proanthropos (le premier homme), Adam, avait commis durant sa vie, et par son acte, il renouvelle sur un plan spirituel la vie corrompue par le péché originel. La mort du Christ a pour saint Augustin réellement la signification d'un hiérosgamos avec la mère, comme la fête d'Adonis où l'on couchait Vénus et Adonis sur un lit nuptial . P.705

.

Dans la langue augustinienne, la matrona est l'Eglise en tant que fiancée de l'agneau. Le ton affectif de l'antique hiérosgamos est ici transformé en son contraire. A la place du plaisir, c'est le tourment, à la place de la mère aimée, est le poteau du martyre, c'est-à-dire ce qui autrefois tait teinté de plaisir est maintenant douloureusement éprouvé, c'est l'union de la conscience mâle avec l'inconscient femelle - mais on pourrait dire aussi que le symbole du hiérosgamos n'est plus concrètement sur le plan du corporel, mais est vécu à un niveau psychique plus haut comme union du dieu avec sa communauté. En langage moderne cette dernière projection marque la conjonction du conscient et de l'inconscient, c'est-à-dire la fonction transcendante particulière au processus d'individuation. L'intégration de l'inconscient au conscient a une vertu salutaire.

. symbole chrétien : c'est l'idée catégorique qu'il faut sacrifier non seulement l'instinctivité représentée par la bête, mais l'homme naturel tout entier (ou l'homme dieu ?) qui est plus que ne l'exprime son symbole thériomorphe. Tandis que le premier représente l'instinctivité animale, c'est-à-dire la soumission exclusive à la loi de l'espèce, l'homme naturel représente en plus le spécifiquement humain, le pouvoir de s'écarter de la loi, par quoi le langage religieux entend l'aptitude au « péché ».

. le développement spirituel est en général possible chez l'homo sapiens. Mais le désavantage. que la direction absolue et par conséquent sûre en apparence par l'instinct est remplacée par une aptitude anormale à apprendre .

A la place de la sûreté de l'instinct apparaît l'incertitude et en même temps aussi la nécessité d'une conscience qui connaît, apprécie, choisit, décide. Si elle réussit à compenser avec succès la sûreté de l'instinct, elle remplacera de plus en plus l'acte instinctif et le flair intuitif par des règles et des modes de comportement sur lesquels on peut compter. Ainsi apparaît finalement le danger opposé : que la conscience se sépare de son fondement instinctif pour mettre la volonté consciente à la place de l'impulsion naturelle. (Cf. Catherine D. rêve avec le chaman pour recontacter ces énergies)

C'est par le sacrifice de l'homme naturel que l'on essaie d'atteindre ce but ; car c'est alors seulement que l'idée dominante de la conscience est à même de se réaliser complètement et de former dans ce sens la nature humaine. La sublime grandeur de cet idéal est incontestable. Pourtant, sur ces hauteurs, on est saisi d'un doute : la nature en elle-même est-elle capable de supporter cette formation, et notre idée dominante est-elle apte à pouvoir façonner la matière brute sans dommage pour celle-ci ? L'expérience seule peut répondre à cette question. Aussi faut-il que soit fait l'effort pour gravir cette hauteur ; car sans une entreprise de ce genre, on ne pourra jamais faire la preuve que cet essai de métamorphose aussi audacieux que violent est possible. Jamais non plus on ne pourrait mesurer, ni jamais comprendre, quelles sont les forces qui favorisent ou rendent impossible une telle tentative. De même, ce n'est qu'ensuite que l'on pourra établir si l'autosacrifice de l'homme naturel, tel que le conçoit le christianisme, est une solution définitive ou annonce une idée encore modifiable. Tandis que le sacrifice mithriaque est symbolisé encore par un archaïque sacrifice animal et tend à domestiquer et à discipliner uniquement l'homme instinctif, P.707

. l'idée du sacrifice chrétien, rendue sensible part la mort d'un homme, exige l'abandon de l'homme tout entier, donc pas uniquement la domestication de ses instincts animaux, mais un renoncement total à eux et en outre le disciplinement des fonctions spécifiquement humaines, donc spirituelles, pour les tourner vers un but spirituel supraterrestre. Cet idéal est une dure école qui ne pouvait pas ne pas rendre l'homme étranger à sa propre nature et d'une façon générale à la nature, et cela dans une très large mesure. .

.. Il faut que le dogme soit une impossibilité physique, car il ne dit absolument rien de la physis ; il est au contraire un symbole de processus transcendants, c'est-à-dire inconscients, qui, dans la mesure où la psychologie est capable de l'établir, sont en relation avec l'inéluctable développement de la conscience. La croyance au dogme est un pis-aller aussi inévitable qui, tôt ou tard, devra être remplacé par une compréhension, ou une connaissance, adéquate, si nous voulons que notre culture subsiste.

Il y a dans la fantaisie de Miss Miller, une contrainte intime qui l'oblige à passer du sacrifice du cheval à celui du héros par lui-même. Tandis que le premier symbolise l'abandon des tendances instinctuelles biologiques, le second a le sens plus profond, et d'une plus haute valeur éthique, de l'autosacrifice humain, autrement dit du renoncement à être simplement un moi. . ce n'est pas l'auteur de l'histoire, mais le héros de celle-ci .. qui fait le sacrifice .. L'acte moralement important est délégué au héros, tandis que Miss Miller se contente de regarder et d'applaudir avec admiration, sans soupçonner évidemment que le personnage de son animus, qui est précisément Chiwantopel, est amené à faire ce qu'elle-même néglige. . Miss Miller joue le rôle d'une spectatrice recueillie, cette participation n'a aucune valeur éthique. Ainsi qu'il arrive d'ordinaire dans les cas de ce genre, elle n'a pas du tout conscience de ce que signifie disparition du héros exécuteur des actions magiques d'importance vitale. Ce qui se produit alors, c'est que la projection est supprimée et que l'acte de sacrifice imminent s'approche du sujet, donc du moi personnel de la rêveuse. . P.709

. au sacrifice de Chiwantopel. Or en réalité, ce fut un abandon total, un enchaînement non pas aux possibilités positives de vie, mais au monde obscur de l'inconscient, un déclin analogue à celui de son héros.

Chiwantopel est tué par un serpent. . le serpent comme instrument de sacrifice (cf. rêve à la morsure du serpent) (. symbolisme de la lance et de la flèche ). Il est le glaive qui tue, mais aussi le phallus, symbole de la force régénératrice du grain de froment qui enfoncé dans le sol comme un cadavre, est aussi une semence qui féconde la terre. Le serpent symbolise le numen de l'acte de métamorphose en même temps que celui de la substance métamorphosée. Habitant chtonien des grottes, il vit dans le sein de la terre maternelle, comme Kundalini tantrique habite le creux du ventre.

. la légende de Gabricus et.Beya, couple royal frère-soeur. Lors du hiérosgamos, le frère pénètre tout entier dans le corps de sa sour où il disparaît, ce qui veut dire qu'il est enterré dans son sein, qu'il est dissous en atomes, qu'il se métamorphose ensuite, en tant que héros, en serpent de l'âme. . de telles fantaisies apparaissent chez des malades. . une de mes malades s'imaginait être un serpent enlaçant sa mère et finalement pénétrant tout en elle.

Le serpent qui tue le héros est vert. Vert est également le serpent de ma malade. elle dit : « Alors arriva un petit serpent vert jusqu'à ma bouche ; il avait une aimable et fine intelligence comme s'il était doué d'un entendement humain ; on aurait dit qu'il voulait me donner un baiser. ». « C'est un animal divin, qui a de merveilleuses couleurs : vert, bleu et blanc. Vert est le serpent à sonnette ; il est très dangereux. Le serpent peut posséder un espritn humain et le jugement d'un dieu, il est l'ami des enfants. II sauverait les enfants qui sont nécessaires pour la conservation de la vie humaine. » L'importance du serpent régénérateur est indiscutable.

Si le cheval est le frère de Chiwantopel, le serpent est sa soeur. Cavalier et cheval forment une unité centaure, comme l'homme et son ombre, ou l'homme inférieur et supérieur, comme la conscience du moi et l'ombre, comme Gilgamesh et Enkidu. P.711

Il y a donc dans l'homme du féminin qui est sa propre féminité inconsciente .. anima. Elle apparaît souvent chez les malades sous la figure d'un serpent. Le vert qui est la couleur de la vie lui convient parfaitement. Le vert est aussi la couleur du Creator Spiritus. . l'anima comme Archétype de la vie. .contradiction apparente.. à cause du symbole du serpent.. attribut de « l'esprit », c'est parce que l'anima personnifie d'abord l'inconscient tout entier tant que sa forme ne peut se distinguer d'autres archétypes. Lorsque la différenciation se précise, se sépare en général de l'anima le personnage du vieil homme (sage) qui est un archétype de l'« esprit ». Celui-ci se comporte.. comme un père (spirituel). .

.. Chiwantopel appelle le serpent « sa petite soeur ». pour Miss Miller.. le héros est bien son frère amant.. l'animus. C'est elle son serpent de vie qui lui apporte la mort. Lorsque le héros et son cheval meurent, le serpent vert reste vivant : il n'est rien d'autre que l'âme inconsciente de l'auteur elle-même et celle-ci.. subira maintenant le destin de Chiwantopel, .. elle succombera à son inconscient.

Le contraste cheval-serpent, ou taureau-serpent, représente une opposition de la libido en elle-même, poussée en avant et poussée en arrière en un seul être. (.. ambivalence, ou ambitendance. « bipolarité de tout phénomène psychique »). la libido..(n'est pas) une aspiration sans fin vers l'avant, un vouloir vivre infini, un désir jamais rassasié de construire, du genre volonté universelle. faisant de la mort une malignité et une fatalité frappant de l'extérieur ; la libido, au contraire, correspond à l'image du soleil et veut aussi son déclin, son involution. Durant la première partie de la vie, elle veut grandir, dans la seconde, elle signale d'abord doucement, puis plus clairement son changement de but.

.. dans la jeunesse la tendance vers une expansion démesurée de la vie se cache sous les apparences d'une résistance qui la voile, de même aussi « l'autre tendance » se dissimule très souvent derrière un entêtement maladroit à s'agripper à la forme de vie connue jusqu'alors. Cette opposition apparente dans l'essence de la libido est illustrée par .. Priape ..de Vérone : souriant, il indique du doigt un serpent qui mord son membre viril.P.713

. « Jugement dernier » de Rubens.. où serpent émascule un homme. Ce motif éclaire le sens de la fin du monde. La fantaisie de la conflagration universelle et en général de la catastrophe de la fin du monde est la projection de l'image primordiale du grand retour ; c'est pourquoi Rubens représente l'émasculation par un serpent comme un cas particulier du déclin. L'image du changement qui détruit à nouveau le phénomène du monde appartenant à l'existence individuelle psychique, germe dans l'inconscient et fait face à la conscience dans des rêves et des pressentiments. Plus la conscience met de mauvaise grâce à entendre cette annonce, plus deviennent défavorables et angoissants les symboles par lesquels elle se fait sentir. Le rôle que joue le serpent, symbole d'angoisse dans les rêves, est loin d'être insignifiant. A cause de son venin, son image apparaît assez souvent dans les rêves comme premier symptôme de maladies corporelles. En général il traduit une anormale animation de !'inconscient (ce qu'on appelle un « inconscient constellé ») ainsi que les symptômes physiologiques (abdominaux) qui y sont joints. Chacune des interprétations est naturellement, sous la dépendance de toutes sortes de circonstances individuelles et doit être modifiée en conséquence. Pour la jeunesse, elle signifie peur de la vie, pour la vieillesse, au contraire, peur de la mort. Chez notre auteur .. à la lumière des événements ultérieurs, la signification fatale du serpent vert. Mais .. quelle fut la raison véritable de cette prédominance de l'inconscient. . dans les cas de ce genre, j'ai très souvent observé une remarquable étroitesse de conscience, une rigidité angoissée du point de vue et un horizon spirituel aussi bien qu'affectif rétréci par une naïveté infantile, par des préjugés de pédant. . chez el1e .. naïveté affective ; sans doute a-t-elle sous-estimé ses possibilités et a-t-elle, avec trop de facilité, sauté dans des profondeurs dangereuses, où il eût été indiqué d'avoir quelques connaissances psychologiques des ombres. . ; . Même si cette connaissance ne préservait pas de l'apparition de la psychose, du moins le pronostic en serait-il amélioré. Une juste compréhension psychologique suffit, dans ces cas limites pour sauver une vie.

. nom du héros .. évoquer la symbolique du Popocatepetl comme partie créatrice du corps humain, la fin du drame.. le volcan assiste également à la mort du héros et le fait disparaître, enseveli à la suite d'un tremblement de terre. De même qu'il lui avait donné nom et naissance, le volcan engloutit le héros à nouveau à la fin du jour. (..La mort est retour à la mère. . ) Ses dernières paroles nous apprennent que l'aimée, à laquelle il aspire et qui seule le comprend, s'appelle Ja-ni-wa-ma. Nous retrouvons dans ce nom les balbutiements de la première enfance. P.715 La seule qui nous comprenne vraiment, c'est notre mère. Car comprendre. = se placer autour de quelque chose. . trait commun de ces expressions est « entouré » et « embrasser ». Et il n'y a pas le moindre doute que rien au monde ne nous entoure comme notre mère. Quand le névrosé se plaint que le monde « ne comprend pas » il dit ainsi indirectement que sa mère lui manque.

EPILOGUE

. fantaisies millériennes.. s'interrompent au moment décisif qui permet de comprendre le danger menaçant d'une victoire de l'inconscient. . P.217 ... prendre une attitude convenable à l'endroit de la phase suivante du processus : l'assimilation inévitable du héros à sa personnalité consciente. Il faudrait qu'elle reconnût les exigences du destin et la signification des étranges images qui ont pénétré dans sa conscience. Il y a certes déjà dissociation, puisque l'inconscient travaille pour son compte et lui met sous les yeux des images qu'elle n'a pas créées elle-même consciemment et qui, pour cette raison, lui paraissent étranges. pour l'observateur objectif, .. les fantaisies émanent d'une énergie psychique qui n'est pas sous le contrô1e de la conscience. Ce sont des nostalgies, des impulsions et des événements symboliques dont la conscience ne peut venir à bout positivement ni négativement. A l'impulsion instinctive qui cherche à pousser la rêveuse hors du demi jour de l'enfance, s'oppose une fierté personnelle, très déplacée, et vraisemblablement aussi, un horizon moral d'une étroitesse correspondante ; en présence du contenu spirituel du symbolisme, rien ne vient au secours de la conscience. Car notre culture a depuis longtemps perdu l'habitude de la pensée symbolique. La cura animarum est .. en bien mauvaise posture. . un salut si le médecin veut bien se charger de ces produits et rendre accessible au malade le sens qui y est esquissé. De cette façon il permet à ce dernier d'assimiler au moins une partie de l'inconscient et de démonter d'autant la dissociation menaçante. En même temps l'assimilation de l'inconscient protège contre l'isolement dangereux qu'éprouve tout homme en face d'une portion incompréhensible et irrationnelle de sa personnalité. Car l'isolement mène à la panique . Plus la fissure s'élargit entre conscient et inconscient, plus approche la scission de la personnalité qui conduit à la névrose ceux qui ont des dispositions névrotiques, et à la schizophrénie, à la perte de la personnalité, ceux qui ont des dispositions psychotiques. L'effort de la thérapie tend à diminuer la dissociation et, éventuellement, à la supprimer par l'intégration à la conscience des tendances de l'inconscient. Normalement, les impulsions de l'inconscient se réalisent inconsciemment ou - comme on dit - « instinctivement » et dans ce cas on ne tient nul compte du contenu spirituel qui s'y rapporte ; malgré tout il se glisse dans il vie consciente de l'esprit sans qu'on le sache, mais sous de multiples déguisements. Cela peut se produire sans difficultés particulières quand il y a dans la conscience des représentations de nature symbolique. Par contre, s'il existe une certaine dissociation datant déjà de la jeunesse, alors chaque avance de l'inconscient augmente la distance entre conscient et inconscient. En général, il faut le secours de l'art pour supprimer une telle scission. . soigné Miss Miller .. instruire sa conscience suffisamment pour qu'elle puisse saisir le contenu de l'inconscient collectif. Les rapports archétypiques des produits de l'inconscient ne peuvent pas être compris autrement qu'avec l'aide des « représentations collectives » .. qui ont déjà une valeur thérapeutique chez les primitifs. En aucun cas n'est suffisante une psychologie d'orientation exclusivement personnaliste. . connaître quelque peu l'anatomie et l'histoire du développement de l'esprit qu'il se prépare à guérir. . le problème du transfert .. contient toujours des contenus collectifs. P.719

.manifestations inconscientes qui précèdent un grave trouble psychique. Leur présence certes ne prouve pas qu'un trouble de ce genre devra nécessairement apparaître. Cela dépend, comme déjà dit, entre autres de l'attitude plus ou moins consentante ou rétive de la conscience.

. Nous ne pouvons pas choisir notre tâche ni délimiter un domaine de recherche ; au contraire, c'est le malade à traiter qui nous met en présence, le cas échéant, de problèmes infinis et exige de nous que nous réalisions une tâche thérapeutique par laquelle nous nous sentons dépassés. La plus puissante impulsion au travail ininterrompu de recherche me fut donnée par la thérapeutique et se résumait en cette question.. : «  Comment peut-on traiter ce que l'on ne comprend pas ? » Rêves, visions, fantaisies et idées délirantes sont des expressions de situations. Donc si je ne comprends pas les rêves, je ne comprends pas la situation du malade et, dans ce cas, à quoi servira mon traitement ? . qui désire faire de la psychothérapie. Il lui faut posséder une science de l'âme, pas une théorie à son sujet. . la pratique de la science n'est pas une joute en vue d'avoir raison, mais un travail qui contribue à augmenter et à approfondir la connaissance. .P.721